AccueilA la UneDer Fliegende Holländer à Bayreuth : rédemption approximative, représentation superlative

Der Fliegende Holländer à Bayreuth : rédemption approximative, représentation superlative

BAYREUTH – Après trois soirées marquées par l’excellence musicale, mais bénéficiant de l’effet de contraste vis-à-vis des mises en scènes, ce mardi 1er août marquait la première reprise du Vaisseau fantôme dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov. Mise en scène percutante et distribution excellente : retour sur une grande soirée.

« Rien n’a fait faire à Wagner de réflexion plus profonde que la rédemption : l’opéra de Wagner, c’est l’opéra de la rédemption. Il y a toujours chez lui quelqu’un qui veut être sauvé : tantôt un homme, tantôt une femme — c’est là son problème. Et avec quelle richesse il varie ce leitmotiv ! Cruelles échappées rares et profondes ! Qui donc nous l’apprendrait, si ce n’est Wagner, que l’innocence sauve avec prédilection des pécheurs intéressants ? (C’est le cas du Tannhäuser.) Ou bien que le Juif errant lui-même trouve son salut, devient casanierlorsqu’il se marie ? (C’est le cas du Vaisseau fantôme.) Ou bien qu’une vieille femme corrompue préfère être sauvée par de chastes jeunes gens ? (C’est le cas de Kundry dans Parsifal. ) » F. Nietzsche in Le Cas Wagner

Western en mer du Nord
Le grand retour de Michael Volle ©Enrico Hawrath

Le Vaisseau fantôme est certes le premier opéra dit « de maturité » de Wagner. C’est également celui dans lequel il instaure le concept central de la quasi-totalité de ses livrets : la rédemption. En effet, on suit alors un homme maudit, condamné à une errance éternelle dont il ne pourra être libéré que par une femme qui lui serait fidèle jusqu’à la mort. Toutefois, pour sa mise en scène, Dmitri Tcherniakov place la malédiction sous un tout autre prisme : celui de la vengeance.

Home-jacking sur la baltique ©Enrico Hawrath

Dès l’ouverture, on se trouve plongé dans un village anonyme que l’on devine sur une côte nordique, composé d’une huitaine de bâtiments qui se déplaceront sur scène pour structurer différents endroits. Un homme et une femme passent. Elle est déjà mère et ils s’aiment. Puis l’homme décide de partir, au désespoir de son amante. Toute la communauté se détourne alors d’elle et elle finit par se pendre à la vue de son enfant. Fin de l’ouverture.

Bonne ambiance et romantisme ©Enrico Hawrath

L’action s’ouvre plusieurs années après, un homme revient dans cette ville et s’accoude au bar, paye une tournée : le Hollandais. A cette table se trouve Daland, on reconnaît à ses habits qu’il s’agit de l’inconnu de l’introduction. Ils sympathisent et Daland finit par l’inviter chez lui. Simultanément, autre part dans le village, Mary, épouse de Daland, anime une chorale de femme et sa fille Senta arrive, provocatrice. Une fois seule, cette dernière est rejointe par un prétendant, Erik, qui l’enjoint de l’épouser, chose qu’elle refuse. Elle retourne alors chez elle pour tomber nez à nez sur le Hollandais. Tous dînent ensemble pendant que le Hollandais explique sa situation.

Pas vraiment l’histoire originale, mais ça fonctionne vraiment ©Enrico Hawrath

Plus tard, une fête a lieu dans le village, dans l’allégresse générale, on remarque des hommes venus avec le Hollandais qui ne se mélangent pas à la foule. Une confrontation a lieu et le Hollandais apparaît comme leur chef ; il sort un pistolet et abat trois personnes. Tous les autres villageois s’enfuient mais sont cernés par ses hommes qui incendient toute la ville et ses habitants, dont Daland. Senta le confronte alors; on ne saura jamais si le Hollandais comptait la tuer ou pas, car Mary l’abat d’un coup de fusil dans le dos. Mary, Erik et Senta restent hagards sur la place pendant que la ville brûle autour d’eux.

Escalade véloce ©Enrico Hawrath
Distribution hollywoodienne 

Le Hollandais de Michael Volle a indubitablement le physique de la narration tchernakovienne. Ainsi, c’est avant tout la présence scénique qui impressionne, avec cette allure à mi chemin entre Orson Welles et un truand. Les attaques sont toutes en finesse, la puissance n’intervenant que lorsque la partition l’exige. Toujours parfaitement en rythme, les voyelles sont claires. Simples petits détails, on note une légère baisse de la projection dans le grave de sa tessiture, ainsi qu’un vibrato par deux fois trop ample (que l’intéressé s’empressera de corriger).

Quand on vous parle de physique du rôle ©Enrico Hawrath

La Senta d’Elisabeth Teige fait état d’une remarquable longueur de phrasé, et d’un timbre rond, y compris dans les aigus. L’articulation manque par instants de clarté, et la projection tend à légèrement décroitre dans l’extrême grave en fin de phrase longue, mais ces points sont largement compensés par l’aisance de la technique et les harmoniques aigus. La ballade et la scène finale sont particulièrement efficaces, tant musicalement que dramatiquement.

C’est pas toi, c’est moi ©Enrico Hawrath


En Daland, Georg Zeppenfeld se distingue également par une musicalité, mais aussi par la grande clarté de son timbre. Par une ou deux fois, on sent un léger dévissement dans les tempi, largement compensé par l’investissement dramatique ainsi que la présence très marquée des harmoniques aigus y compris dans le grave de sa tessiture.

Enfin une soirée parfaite à Bayreuth ©Enrico Hawrath

Les seconds rôles sont globalement équilibrés. Attilio Glaser campe un Steuermann demeurant toujours bien en rythme avec une bonne longueur de phrase, mais un léger voile dans les aigus de sa tessiture. La Mary de Nadine Weissmann, habituée des lieux, bénéficie dans ses apparitions d’une bonne projection que l’on devine aisée, d’un vibrato ample et d’un timbre cuivré. En dehors de ses passages chantés, son investissement dramatique est remarqué. L’Erik de Tomislav Mužek bénéficie lui d’une projection convenable, d’une très bonne rythmique, ainsi que de bonnes articulations et présence scénique.

Tomislav Mužek ©Enrico Hawrath

Finalement, les chœurs – malgré une mise en scène leurs imposant par moment de regarder tous dans des directions différentes – demeurent précis et percutant tout au long de la soirée. Les chœurs féminins se démarquent particulièrement par leur délicatesse dans les phrasés enjoués et leurs harmonies. Dans le 3ème acte, l’espacement sur le plateau, pourtant conséquent, n’y fait rien : le rendu demeure diablement ciselé, impressionnant.

1h avant le drame ©Enrico Hawrath
Oksana Lyniv prends le large

Le public parisien connaissait Oksana Lyniv au prisme de la musique slave ; dans laquelle son style traduisait souplesse et émotion mais aussi une certaine délicatesse -quoi que pas toujours très clair s’agissant des tempi et des départs-, elle a depuis manifestement musclé son jeu. Sous sa baguette, l’orchestre déploie des trésors de souplesse et de puissance. Les cuivres rayonnent du fond de la fosse et le tout donne un rendu précis tout en relief, qui accentue la tension et le suspense.

L’orchestre illustrait ainsi fort bien la tempête, et c’est logiquement un tonnerre d’applaudissement qui vient sanctionner l’ensemble de ces interprètes pendant 13 minutes à l’issue de la représentation. Avec ce genre de soirée, on comprend aisément pourquoi il peut être parfois si complexe d’obtenir son précieux sésame pour la Colline.

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