AccueilA la UneLes Troyens à Versailles : et Énée succéda à Priam

Les Troyens à Versailles : et Énée succéda à Priam

OPÉRA – Malgré l’incident de la Côte-Saint-André ayant entraîné le retrait précipité de Gardiner (voir ci-dessous), la production historiquement informée des Troyens continue son périple de Salzbourg à Versailles avec un jeune chef se révélant à la hauteur du défi. Retour sur une grande soirée versaillaise.

Berlioz et Versailles : une histoire populaire
Caricature de Berlioz ©DR

Les Troyens ne furent pas créés à Versailles. Berlioz ne vit de son vivant que la création des Troyens à Carthage, seconde partie de l’œuvre globale, et amputée de nombreux passages. Le lien entre Berlioz et les murs de l’opéra royal sont de toute autre nature, puisque c’est lui qui dirigea le premier concert ouvert au public en ces lieux, le 29 octobre 1848 avec la bagatelle de 400 musiciens, dans un programme alliant Gluck, Rossini Weber et… Berlioz.

A Versailles, on a le sens du patrimoine et l’on a conservé le seul décor de théâtre du 19ème siècle -représentant la galerie des batailles- qui a été ressorti pour l’occasion. S’il n’y a pas de mise en scène à proprement parler, le concert est mis en espace par Tess Gibbs et les lumières ont été confiées à Rick Fisher, qui n’hésite pas à jouer avec les panneaux successifs pour créer différents effets.

Le décor du Carthage des Troyens, dans la vision originelle du XIXème siècle ©DR
La salle de l’Opéra Royal de Versailles ©Château de Versailles Spectacles

La mise en espace ne concerne d’ailleurs pas uniquement les solistes qui viennent et vont sur l’avant scène grâce aux portes latérales et se fraie un chemin entre les pupitres de cordes ; mais aussi les chœurs et même les joueurs de saxhorns. Berlioz avaient également prévu deux rôles muets dans la Prise de Troie ; qui sont tous deux conservés dans cette production -Andromaque est jouée par une choriste et Astyanax par un enfant figurant-.

Dinis ex machina

Il y a quelques jours, un incident défrayait la chronique musicale durant la première représentation des Troyens au festival de la Côte-Saint-André, entraînant le retour en catastrophe à Londres du chef Sir John Eliot Gardiner – créateur de l’orchestre révolutionnaire et romantique et du Monteverdi Choir. Ce dernier, par l’intermédiaire de ses proches, annonçait alors être victime de la chaleur et d’une nouvelle médication, et regrettait un geste violent commis envers l’un de ses solistes. Les représentations de Salzbourg, Versailles, Londres et Berlin se retrouvaient donc sans chef.

À lire également : Le compte-rendu des Troyens à la côte St André, sur olyrix.com

Cela était sans compter sur la présence d’un jeune assistant nommé Dinis Sousa, seul assistant que Gardiner ait jamais eu. Il y a dix ans, Sousa commença à assister aux répétitions de Gardiner sans toutefois avoir le moindre rôle. Au fil des années, les responsabilités arrivèrent et prirent de l’ampleur, au point qu’il prépare désormais les musiciens du Berliner Philharmoniker et du London Symphony Orchestra pour Gardiner. Dans cette production des Troyens, son travail de préparation l’avait engagé vis à vis des chœurs, des solistes et de l’orchestre, faisant donc de lui la meilleure alternative dans cette situation d’extrême urgence.

Dinis Sousa : décollage immédiat ! © Wilfredo Amaya

On retiendra de lui ce soir-là une prestation à la hauteur des enjeux. Le geste est vif, précis et incisif ; et l’énergie ainsi que la concentration ne faiblissent pas tout au long des 4h20 passées sur scène. Il parait simplement inépuisable, ne laissant pas paraître le moindre stress. Logiquement ovationné tant par le public que par les artistes, gageons que si sa carrière était déjà prometteuse, elle connaîtra après cette péripétie un essor dans une autre dimension.

Livret virgilien, musiciens homériques

Pour lui répondre, le chef peut d’ailleurs compter sur une distribution remarquable d’investissement, tant d’un point de vue musical que dramatique. La Cassandre d’Alice Coote est durant la prise de Troie une véritable locomotive dramatique, maintenant l’audience en haleine tout autant que le chef. Par la suite, la Didon de Paula Murrihy, à l’allure altière, se distingue elle par la tenue de ses longues lignes de chant et l’expressivité de ses expressions faciales. Chez ces messieurs, l’on retient particulièrement l’Énée de Michael Spyres, ovationné après son « Dussé-je être brisé par un tel désespoir » pour lequel la seule réserve que l’on pourrait émettre est un usage abusif des [e] en fin de phrase longue. Alex Rosen livre lui un Hector mémorable, d’outre tombe, dont l’apparition est d’une grande intensité dramatique.

L’Orchestre Révolutionnaire et Romantique, dont on rappelle qu’il joue sur instrument d’époque, est ici au cœur de son expertise. Si les effectifs, peuvent paraître relativement réduits -seulement cinq contrebasses et trois harpes, mais six trombones, neuf saxhorns et cinq hautbois-, les trombones et trompettes se distinguent par leurs exceptionnels précision, et les violons par la netteté et l’expressivité de leurs attaques, notamment à l’entrée de Cassandre durant le premier acte. La puissance dans l’extrême grave est toutefois légèrement en deçà de ce à quoi les phalanges modernes nous ont habitués.

Les choristes du Monteverdi Choir sont fidèles à leur double exigence d’excellence musicale et d’impact visuel, n’hésitant pas à user des déplacements et des mimes lorsque le livret l’impose. Les dimensions relativement modestes de l’auditorium -19,87 m de profondeur, 17,57m de largeur maximale et 16,54m de hauteur pour 768 places- font le beau jeu des 66 choristes, qui peuvent  irradier la salle sans encombre dans les forte tonitruants.

C’est finalement un public d’une concentration rare, a fortiori vu la durée de l’œuvre et le caractère mondain d’une ouverture de saison qui accueille, avec des bravi tonitruants et une standing ovation partielle la fin de cette représentation. Berlioz parlait au quatrième acte d’une nuit d’ivresse ; quoi qu’il se soit passé à la Côte-Saint-André, la claque ce soir était pour l’auditoire.

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