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Dead Man Walking : un opéra captivant, en direct du Metropolitan Opera depuis un cinéma parisien

NOUVEAUX FORMATS – Samedi soir, peut-être avez-vous regardé la demi-finale de la Coupe du monde de rugby, qui opposait l’Afrique du Sud à l’Angleterre. Vous auriez aussi pu vous rendre dans un cinéma du groupe Pathé, à 18h55 précisément, pour assister à une séance peu ordinaire : la diffusion, en direct depuis le Metropolitan Opera de New York, de l’opéra Dead Man Walking, de Jake Heggie. Avec un sujet fort, un casting de rêve et une diffusion d’une qualité peu commune, autant vous dire que ce fut plus palpitant qu’un match frustrant au score final de 16-15 !

The Met Live, a way of life ?

Avez-vous déjà entendu l’expression « Le Met Live » ? Ca n’est pas un nouvel art de vivre… quoi que. Cela signifie : en direct du Metropolitan Opera, à New York. Et oui, 9 fois dans l’année, d’octobre à mai, la prestigieuse maison d’opéra diffuse, en direct et à destination du monde entier, des productions maison. Première production à ouvrir le bal cette année, Dead Man Walking, du compositeur Jake Heggie : l’histoire, édifiante, d’une religieuse, Sister Helen, devenue le conseiller spirituel de Joseph De Rocher, condamné à mort dans l’état de Louisiane. Un sujet ancré au cœur des Américains, dans un pays où la peine de mort est encore légale dans 26 états sur 50.

Le bon (larron), la brute et le truand (tout à la fois)
Ryan McKinny (Joseph De Rocher) © Karen Almond / Met Opera

Joseph De Rocher est un « White trash », un Blanc plus pauvre que les anciens esclaves (terme utilisé au milieu du 19e siècle par des Américains des classes moyennes et supérieures pour désigner des Blancs pauvres, originellement du Sud, vus comme improductifs). Condamné à mort pour le viol et le meurtre de deux adolescents, ça n’est pas vraiment un enfant de chœur. À ses côtés et sur sa demande Sœur Helen Prejean, membre de la congrégation de Saint Joseph, va l’accompagner spirituellement le long de son chemin vers la mort. Cet opéra traite avant tout de dignité et de rachat de ses fautes, possible ou non, sur fond de sablier s’écoulant inexorablement jusqu’à une fin qu’on sait inéluctable.

Des personnages bien campés

Sœur Helen, dans le livret de Terrence McNally, est un personnage fort. Son style de plaidoyer est direct, sans affectation et d’une honnêteté sans faille, mais non sans une profonde compréhension du cœur et de l’humanité qui sommeille en chacun de nous. Pour assumer ce rôle, la mezzo-soprano Joyce DiDonato fait merveille, avec sa voix à toute épreuve, son grand lyrisme et son talent de performeuse. À ses côtés, la mezzo-soprano Susan Graham (qui avait créé le rôle de Sister Helen en 2000, lors de la création de cet opéra) figure la mère du condamné avec une sincérité et un engagement confondant, capable de s’immerger dans la gestuelle et le comportement d’une femme d’origine très modeste, complètement bouleversée par le drame et pourtant encore capable d’amour pour son fils.

Joyce DiDonato (Sister Helen Prejean), Susan Graham (Mrs. Patrick De Rocher) © Karen Almond / Met Opera

En fait, tout le cast est absolument impeccable : Ryan McKinny, qui dit être habitué aux rôles de mauvais garçon, est un Joseph De Rocher athlétique, menaçant et tendre à la fois, au beau timbre de baryton bien placé, avec une émission efficace et souple. Sister Rose, amie et confidente de Sister Helen, est campée avec grand naturel par la soprano Latonia Moore. Justin Austin (le policier), Chad Shelton (Father Grenville), Rod Gilfry (le père de la victime), ou encore Raymond Aceto (le directeur de prison) sont des seconds rôles solides et crédibles, qui assurent l’épaisseur du discours.

Une musique adaptée au livret

Quant à la musique de Jake Heggie, sans être révolutionnaire, elle est, elle aussi, efficace et bien articulée. Dans un langage néo-tonal et modal de bon aloi, avec des leitmotivs bien trouvés et amenés, elle combine un déroulé du discours à la Gustav Mahler, avec des évocations de gospels, de jazz à la Gershwin et de musique traditionnelle. A la tête de l’orchestre du Met, le chef canadien Yannick Nézet-Séguin fait, une fois de plus, merveille. Précis et vif, il emmène l’ensemble des protagonistes dans un élan général généreux et contrôlé, jusqu’au climax émotionnel, dans la chambre d’exécution.

Ryan McKinny (Joseph De Rocher), Joyce DiDonato (Sister Helen), Raymond Aceto (le directeur de prison) © Karen Almond / Met Opera
Une mise en scène dépouillée

La mise en scène du Belge Ivo van Hove est une évocation minimaliste de l’univers carcéral : lumières blafardes, portes qui s’ouvrent et se referment de façon abrupte, temps d’échange sans cesse coupés courts, absence d’intimité, ordres secs et brefs… L’usage de la vidéo sur scène est présent, faisant notamment ressortir les éléments de violence présents dans cet univers carcéral (zoom sur les visages et les postures des condamnés à mort) et insistant sur le langage des corps des deux personnages principaux, Sister Helen et Joseph De Rocher. Il est cependant plus discret que dans Les Damnés, pièce de théâtre qui fit sa renommée, au Palais des Papes lors du Festival d’Avignon 2017, puis à la Comédie française.

A scene from Jake Heggie’s « Dead Man Walking. » © Karen Almond / Met Opera
De l’opéra ou du cinéma ?

Un opéra fort, donc, poignant, questionnant, motivant également, et excellemment bien interprété. Mais surtout, par la magie du direct et de la technologie, une qualité d’immersion incomparable, qui ne ressemble ni à du cinéma ni à de l’opéra, et qui pourtant vous happe et vous transporte. Cela commence par le lieu : une salle de cinéma, emplie d’un public visiblement d’habitués, débonnaires, qui se reconnaissent et se saluent entre eux. Un public qui échange volontiers avant le spectacle et pendant l’entracte, installant une convivialité peu courante, au cinéma comme à l’opéra ! Cela continue avec un son haute définition, qui restitue chaque pupitre de l’orchestre et sait équilibrer les différents plans, entre grands tutti, ensemble vocaux ou duo intime. Cela se termine enfin par la virtuosité des moyens vidéos utilisés, qui, malgré la prise de risque du direct, plonge le spectateur au cœur de l’action.

À lire également : une recension d'une de nos consœurs d'Olyrix, qui a assisté "en vrai" à la première représentation : Des deux côtés du couloir de la mort, au Met Opera de New York

Le plus beau étant, sans doute, les larmes de Joyce DiDonato, au moment des saluts, témoignage de l’engagement de chacun et de la qualité du travail collectif.

© Karen Almond / Met Opera

Bonne nouvelle : les séances du Met Live continuent toute l’année, avec notamment la création de X : la vie de Malcom X, un opéra relatant la vie de ce prisonnier engagé dans le mouvement « Nation of Islam », dans une période où les États-Unis sont agités par les luttes pour les droits civiques des Afro-américains.

Retrouvez ici les prochaines séances du Met Live : https://www.pathelive.com/programme/metropolitan-opera-23-24
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