CONCERT – Duo de puissants à l’Auditorium de Bordeaux, pour une séance de rattrapage d’un récital qui n’avait pas pu se tenir l’an dernier. Renaud Capuçon au violon et Guillaume Bellom au piano étaient réunis pour un programme de sonates : Beethoven, Brahms et Strauss.
Capuçon : la marque repère
Depuis 20 ans, Renaud Capuçon se maintient dans la haut du panier de la musique classique en France. Sur ses qualités indéniables de bosseur s’est construit une réputation de ponte du violon, cultivée à longueur d’année dans des récitals de gala doublés d’une présence médiatique qui en fait l’un des rares noms capables de remplir une salle sur la simple foi d’une affiche. Capuçon, c’est presque une marque.
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Bellom : la Rolls Royce du piano

« Bellom, c’est très quali », nous écrit-on dans un texto de débriefing du concert. Et c’est très vrai… Que ce soit dans Strauss, Brahms et surtout dans Beethoven, à chaque fois que le curseur monte d’un cran la difficulté, dans les passages les plus virtuoses, Guillaume Bellom assure, avec un flegme opposé à la vitesse de course vertigineuse de ses doigts, le tout dans une impression de facilité qui frôle la frime. Ça bouge si vite que le temps semble ralentir, et partout la patte Bellom fait des merveilles. Quand l’écriture demande un dialogue de nuances ou de contrepoint avec le violon, Bellom propose et Capuçon répond. Quand il faut y aller plein tubes, Bellom pousse son partenaire à tirer le meilleur de son instrument. Et quand il faut la jouer fine pour souligner l’élégance de l’écriture, Bellom est l’incarnation parfaite du style. Il y a un musicien, là. Un accompagnateur qui prend la lumière sans jamais la demander. La classe, tout simplement…
Strauss : la valeur sûre
Bellom assure, sans aucun doute. Mais quand arrive la Sonate pour violon et piano op.18, Renaud Capuçon élève d’un cran son niveau de musique. Dans son mouvement caractéristique qui balance d’un pied vers l’autre l’axe vertical de son corps, il entre dans la danse. Détaché d’une partition qu’il aura gardé près de lui tout le concert, Capuçon investit d’un coup chaque note, des traits foudroyants du premier mouvement à la plainte lumineuse du deuxième qui finit en suspension absolue.
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Ce n’est pas qu’il alourdit son coup d’archet spécialement, mais il se trouve que le poids inaltérable de sa mains droite fonctionne avec cette musique. Strauss lui va très bien, et il n’a pas besoin d’effet de manche ici pour que le public retienne son souffle et ses applaudissement : l’ambiance a changé dans la salle, et c’est un vrai duo qui emmène le concert doucement vers la fin d’une arche de musique dont la traversée s’est jouée d’un bloc. Cette soirée aura permis de retenir une leçon, au regard de la prestation de Guillaume Bellom au côté de la star du jour : pour briller, il faut savoir s’entourer.

