OPÉRA – Le Théâtre des Champs-Élysées accueille une version scénique de Don Giovanni dirigée par Mathieu Romano, avec une mise en espace signée Mohamed El Mazzouji. Proposée dans sa version originale de 1787, cette interprétation, enrichie par des instruments d’époque et un diapason plus bas, explore avec intensité les recoins obscurs du chef-d’œuvre de Mozart avec un distribution qui fait envie.
Florian Sempey s’approprie le rôle-titre avec un mélange irrésistible de séduction et de noirceur. Ses nuances vocales, alliant subtilité et puissance, atteignent leur apogée dans une sérénade délicatement accompagnée par la mandoline mordante d’Anna Schivazappa. L’interprétation magistrale de Sempey culmine dans un final terrifiant où il révèle tout son talent de comédien.
À ses côtés, Thomas Dolié excelle en Leporello. Noble et comique à la fois, il brille par ses graves chaleureux et son phrasé impeccable, conférant à l’air du catalogue un charme qui pourrait rivaliser avec celui de son maître… Louis Morvan incarne un Masetto fier et jaloux, apportant une belle chaleur vocale malgré une assurance scénique légèrement en retrait. Il double également le Commandeur, imposant et saisissant dans ses interventions.
Les femmes, forces vives du drame
Marion Lebègue interprète Donna Elvira avec une intensité impressionnante. Entre colère et amour, elle joue sur des couleurs affirmées, bien que son Mi tradì quell’alma ingrata frôle parfois une aridité dans certains de ses phrasés. Marianne Croux incarne une Donna Anna agile et poignante, offrant un Non mi dir, bell’idol mio d’une finesse déchirante, reflet de la violence subie par son personnage. Quant à Catherine Trottman, elle insuffle à Zerlina un charme fragile mais vibrant, dont la délicatesse séduit profondément.
Don Ottavio : last minute !
Cyril Dubois, remplaçant au pied levé Léo Vermot-Desroches, conquiert l’auditoire par sa voix séduisante et un vibrato vif, malgré quelques moments quasi invisibles d’ajustement. Son Il mio tesoro intanto met en lumière de douces intentions vocales, bien que des phrasés plus souples auraient pu sublimer davantage l’air.
Un orchestre à l’énergie mordante
Sous la baguette attentive de Mathieu Romano, les instrumentistes des Ambassadeurs – La Grande Écurie déploient des couleurs sombres et contrastées. L’ensemble brille par sa précision, même si l’ouverture frôle parfois la précipitation. Les jeunes choristes de l’Ensemble Vide, préparés par David-Tristan Malinski, apportent une fraîcheur enthousiasmante, avec des timbres encore verts mais empreints de justesse.
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À la fin de cette soirée intense, le public, conquis, exprime sa grande reconnaissance par des applaudissements chaleureux et prolongés. Chanteurs, instrumentistes et choristes sont salués avec enthousiasme pour leur engagement et leur virtuosité, offrant à cette version sombre et vibrante de Don Giovanni un succès amplement mérité.

