Félix Benati, joker de luxe du Philhar

CONCERT – Ce concert de l’Orchestre Philharmonique de Radio France à l’Auditorium devait être un des derniers dirigés par Mikko Franck avant son départ prévu en août prochain, avec un programme d’œuvres de Bartok et Debussy particulièrement appréciées par le chef. La maladie en a décidé autrement !

Mikko Franck, après avoir dirigé l’ensemble des répétitions du concert, y compris la générale le matin même, a dû renoncer à paraître en public en raison d’un important problème de dos. Son assistant, Félix Benati, prévenu en dernière minute, a vaillamment pris le relais, dirigeant pour la première fois en public l’Orchestre Philharmonique de Radio France à l’Auditorium, lors d’un concert par ailleurs retransmis en direct sur France Musique.

Super sub’

Ce jeune chef de moins de 30 ans, formé au CNSM de Paris dans la classe d’Alain Altinoglu et récompensé par plusieurs prix prestigieux (notamment l’International Jorma Panula Conducting Competition), surprend lors de son entrée en scène.

© Mathieu Joffres

Avec son visage juvénile encadré de très longs cheveux bouclés retenus par une barrette en or, sa haute silhouette longiligne, Félix Benati apporte comme un souffle de jeunesse dans la salle. Pour autant, cet aspect presque timide n’est qu’apparent. Il sait maîtriser les rouages d’un orchestre et diriger avec autorité et assurance. Bien entendu, il ne lui était pas possible d’apporter une touche plus délibérément personnelle à sa direction, devant rester dans les rails précédemment tracés par Mikko Franck. Mais tant son interprétation sensible et colorée du Prélude à l’après-midi d’un faune que de La Mer de Claude Debussy, a suscité l’unanimité du public, mais aussi des musiciens de l’orchestre qui semblent l’apprécier tout particulièrement.

Concerto posthume

Mais c’est avec le Concerto pour alto de Béla Bartók avec Antoine Tamestit en soliste que Félix Benati a plus encore conquis le cœur du public. Ce concerto exigeant de la fin de vie de Bela Bartok est resté inachevé au décès du compositeur. Plusieurs musicologues ont travaillé à réaliser cette fin dans l’esprit de Bartok. Mais c’est la version datée de 1995 proposée notamment par Péter Bartok, fils du compositeur, qu’Antoine Tamestit a retenu, même si ce dernier aborde d’autres versions au concert. Tout empreint d’une générosité mélodique constante et surtout d’une émotion bouleversante, ce concerto pousse l’interprète dans ses retranchements, notamment avec un premier mouvement particulièrement développé et un final en morceau de bravoure.

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Antoine Tamestit s’empare de cette pièce avec une ferveur de chaque instant et une virtuosité saisissante, mais jamais gratuite. Chaque note est soupesée, valorisée, au service d’un ensemble qui se veut généreux et cohérent. Il semble à plusieurs reprises comme affleurer les cordes de son alto (le premier créé par Antonio Stradivari en 1672), dont émergent des sons d’une majestueuse transparence, à la limite de l’impalpable et enivrant pour tout dire. Une soirée saluée sans réserve par l’ensemble du public venu nombreux pour ce beau concert en forme de découverte d’un nouveau chef d’orchestre fort prometteur.

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