Radulović : quand le talent aiguille

FESTIVAL – Pour sa 41ème édition, le festival Musiques Vivantes, événement incontournable de l’été culturel dans l’Allier, accueille pour la troisième fois un Nemanja  Radulović qui, aux côtés de son orchestre Double Sens, se montre plus en forme…et plus stylé que jamais.  

Tout de même, quels talons ! Du quinze centimètres d’épaisseur, au bas mot, montés sur ressorts et d’une brillance à y voir son propre reflet, même de loin. Bien sûr, c’est cela que l’on voit d’abord, ces chaussures, lorsqu’entre en scène l’artiste du soir tant attendu par un public aux yeux de Chimène : Nemanja Radulović. Un virtuose, un prodige, en salivent d’avance des spectateurs venus en masse prendre place aux quatre coins de la charmante église de la viticole Saint-Pourçain-sur-Sioule, ivre de bonheur à l’heure d’accueillir un violoniste star en tête d’affiche d’un concert événement. Car le roi des trilles endiablées, accompagné de son fidèle ensemble de cordes Double Sens, est venu avec du beau monde : Vivaldi d’abord, et ses incontournables Quatre saisons. Et puis Bach, avec deux de ses concertos pour violon les plus fameux, nourris de refrains et de motifs plus entêtants les uns que les autres. En voilà un, de chouette programme !  

Vivaldi à tout crin

Tout de même, aussi, quelle crinière ! Oui, ces longs cheveux noir de jais qui habillent jusqu’à ses épaules et son dos, c’est bien ça aussi que le public voit chez son « Radu », un as du coup d’archet bouillonnant, qui ne tarde pas à montrer de quel bois il se chauffe lorsque les jours sont encore un peu frais. Car c’est bien avec le Printemps et sa douce brise que débute l’année façon Vivaldi, mais déjà tout n’est que feu et incandescence dans le jeu déployé. Il y a de la prestance bien sûr, un violon appliqué, mélodieux, à l’instant d’introduire les réjouissances par un Allegro comme une fenêtre ouverte sur une nature qui s’éveille. Puis arrivent des doubles croches, puis des triples, et alors, en parfaite et épatante symbiose avec son orchestre, le soliste rayonne, fait jubiler son violon, scellant pour de bon l’union sacrée de l’archet et des cordes, jusqu’à un Été où tombe la grêle et où tonne le ciel dans un tutti enfiévré et fulminant.       

Bach avec mention

Tout de même, quelle brillance aussi, pense alors le spectateur conquis, qui ne se réfère pas ici uniquement aux habits de cuir que porte un virtuose que plus rien n’arrête, et même pas les premiers frimas de l’Automne, lorsqu’il s’agit de poursuivre et de conclure ce défilé des saisons. Qui a dit, d’ailleurs, qu’il n’y en avait plus, de saisons ? Car ici, la fraîcheur de l’automne et la froideur de l’hiver sont plus que jamais perceptibles, par la grâce d’un jeu habité, l’instrumentiste se faisant narrateur, chaque note et chaque nuance faisant sens pour dire l’ivresse, la lourdeur de la pluie, l’hostilité du gel. Et à la mélancolie d’un dernier Largo succède, au cœur de l’Hiver, un ultime Allegro qui fait fondre la glace pour de bon : coups d’archets généreux, fortissimo per tutti, trémolos frénétiques : c’est l’extase finale, et chez la tête d’affiche du soir comme chez ses complices, la sueur qui en vient presque à perler sur les visages dit tout alors, de l’énergie déployée pour conter une année entière en quarante minutes à peine. 

© Lydie Auberton

Mais aussi, quel charisme, en vient alors à se dire une audience qui n’en a pas fini de constater l’aura de son invité du soir, qui use encore et toujours d’une égale maestria et d’une épatante facilité technique à l’heure d’aborder Bach et ses concertos. S’agit-il alors, comme dans cet Andante et cet Adagio, de jouer avec la plus grande des noblesses ? De rendre ses coups d’archets suaves ? De donner dans le séraphique niveau sonorité ? Pas de problème pour l’homme aux crazy shoes, qui a passé bien souvent son Bach avec mention, mais qui ne cède ici à nulle facilité pour se faire toujours aussi appliqué à l’heure de restituer l’essence poétique de ces œuvres qui, ici, en viennent à prendre un sacré coup de jeune. Et quand il faut aller plus vite, la conviction et l’énergie sont là, plus naturelles et assurées que jamais, le chef-violoniste n’ayant pas besoin de donner dans la grande gestuelle pour se faire comprendre de ses musiciens : un regard, un souffle puissant, mais surtout de nombreux sourires, suffisent à créer une parfaite osmose et à alimenter une même énergie collective de haut voltage.

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Energique, le public l’est d’ailleurs aussi à l’heure de saluer l’artiste et sa quinzaine de complices au jeu tout aussi éminent, qui régalent une dernière fois l’audience avec trois bis : une reprise de l’Indifférence (mélodie popularisée en son temps à l’accordéon par Tony Murena), l’inévitable Czardas de Vittorio Monti, et une tourbillonnante mélodie serbe nourrie de quelques coups de pulsations tapés du pied et de quelques cris venant en marquer les origines tsiganes. De quoi finir de convaincre les spectateurs que ce Nemanja Radulović a un sacré charisme, une sacrée brillance, une sacrée crinière et de sacrés talons. Mais surtout, un sacré talent !

Demandez le programme !

  • A. Vivaldi – Les Quatre Saisons, op 8
  • J.S. Bach – Concerto pour violon, BWV 1041
  • J.S. Bach – Concerto pour violon, BWV 1052R
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