FESTIVAL – Dans cette édition 2025 aux allures de marathon stylé, chaque journée est une mini-Odyssée. On commence dans une chapelle fraîche à 11h, on traverse une basilique réverbérante à 15h, et on termine sous les voûtes d’un clavecin en furie à 21h. Ajoutez une micro-folie au milieu, une bière locale à la buvette de L’Apostrophe, un flan baroque sous les glycines, et vous avez la recette (du bonheur).
Et attention, ne vous fiez pas aux apparences du public : les mains tapent encore fort et ça chahute même, gentiment, à la sortie, et ça pose des questions sérieuses aux conférences de Béatrice Massin. Ici on est est cultivés, curieux, taquins. Bref, vivants.
Côté scène aussi, la relève a droit de cité. La viole de gambe de Salomé Gasselin a électrisé Saint-Pierre, l’ensemble Theodora a charmé les initiés comme les curieux à Bailleul. Ces jeunes artistes, invités sans condescendance ni prétexte pédagogique, s’imposent avec fraîcheur dans une programmation qui ne les traite pas comme une parenthèse, mais comme un moteur. Le baroque n’est pas qu’un patrimoine : c’est une énergie à transmettre.

Mais Sablé ne se contente pas de jouer les partitions du passé : il prépare aussi les générations futures à les réinventer. En partenariat avec la Mission locale et l’association Baroquez-vous, il mène des actions d’éducation artistique et culturelle auprès de jeunes, qui découvrent autant le répertoire baroque que les nombreux métiers qui l’accompagnent.
La direction artistique de Laure Baert assume une ligne artistique ouverte, parfois pointue, souvent audacieuse : du grand répertoire, oui, mais aussi des échappées vers la création contemporaine et des surprises bien senties, comme cette projection décoiffante des Indes Galantes, clin d’œil pour Leonardo García Alarcón parrain du Festival.
Et pour celles et ceux qui préfèrent le plein air aux lieux confinés, un concert gratuit mêlant kora et musique baroque (Korabaroꓘ) s’invite sur la place publique : cadeau. Le soleil, un instrument traditionnel mandingue, une guitare et une chanteuse sur fond de pavés : que demande le peuple ?
Les églises et basiliques changent chaque jour, et avec elles l’acoustique : tantôt caverneuse, tantôt ciselée, parfois capricieuse. Une manière comme une autre de redécouvrir les mêmes œuvres sous des angles différents. Qui a dit que la musique baroque était figée ?
Et puisque tout bon festival se doit de finir sur une note éclatante, c’est la directrice artistique elle-même, Laure Baert, qui remonte sur scène pour le concert de clôture, accompagnée de la mezzo-soprano Floriane Hasler.
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Bref, Sablé nous l’a prouvé cette année encore : le baroque, quand il est ainsi élevé, peut aussi être un peu canaille. Et c’est tant mieux.
Photo de Une : Korabaroꓘ Place Dom Guéranger © Festival de Sablé

