COMPTE-RENDU – Dans le cadre du Festival de Toulouse, Michel Plasson revient pour un concert d’exception à la tête de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse dont il avait quitté la direction en 2003.
On s’était dit rendez-vous dans vingt ans… et ils sont venus.
Comme après une très longue relation à distance, séparés par la vie et les années mais jamais dans le cœur, le couple formé par Michel Plasson, les musiciens de l’Orchestre national du Capitole et le public toulousain se reforme. Les vingt-trois années écoulées depuis la dernière entrevue n’ont rien érodé des sentiments réciproques. L’attente les a même peut-être attisés. La Halle aux grains, demeure familiale du couple, historiquement transformée en salle de concert sous l’impulsion de Michel Plasson lui-même affiche naturellement complet. Multigénérationnel, le public se compose aussi bien d’anciens abonnés ayant régulièrement entendu le maître dans ces mêmes murs, que de plus jeunes, baignés dans la légende de cet orchestre par la transmission des ainés comme par sa riche collection discographique. Il en est de même pour l’orchestre où les musiciens encore en poste depuis l’ère Plasson (reconnaissables lors des rappels par le port d’une chemise blanche comme le maître) côtoient la jeune génération de l’ensemble, en grande partie renouvelé.
Roussel, Ravel, Debussy : les « enfants » chéris du couple Plasson-Capitole au programme
Dès l’entrée de Monsieur Plasson après une courte allocution du maire et de l’administratrice du Capitole, une vague d’émotion s’empare du public qui se lève comme un seul homme pour applaudir. Un émoi intense qui n’est pas sans rappeler celui de Daphnis retrouvant Chloé. L’inscription de la deuxième suite de l’œuvre éponyme de Ravel à la fin du programme ne relève ainsi très probablement pas du hasard. Avant de lancer le concert, en simple chemise blanche, le maître dira simplement « si vous saviez comme je suis heureux de vous revoir… ». En bon vieux couple, Michel Plasson et son orchestre proposent au public le répertoire qui fait leur succès et pour lequel ils sont le plus reconnus, la musique française du XIX et XXème siècle avec le Prélude à l’après midi d’un faune de Debussy, la deuxième suite de Bacchus et Ariane de Roussel et Ma Mère l’Oye de Ravel en plus de Daphnis et Chloé.

Michel Plasson et l’Orchestre du Capitole : la famille re-composée
Monsieur Plasson dirige sans baguette avec une gestuelle calme même si elle se ravive dans les moments d’intensification, qui n’a rien perdu de sa précision. L’interprétation met en exergue la poésie des différentes œuvres présentées, dans un esprit très français. Les tempi laissent progressivement se déployer l’atmosphère de chaque mouvement. Celle-ci évolue avec fluidité au gré des songes, féeries et sentiments décrits dans les différentes partitions. Cette impression est notamment due à la maîtrise des équilibres entre les différents pupitres et des nuances, réglés avec une exactitude infaillible sans rien perdre de leur souplesse ni de leur naturel. Dans le Prélude à l’après midi d’un faune, la harpe apparaît ainsi comme éloignée, transperçant délicatement le reste dessiné par les cordes. Il en est de même pour la Pavane de la Belle au bois dormant dont les pianissimi de cordes dessinent les songes traversés par la harpe et les bois. La gradation des crescendi anime l’éveil des sentiments comme des éléments à l’image des rayonnements du soleil se levant dans Daphnis ou de la brillance paroxystique du couronnement d’Ariane sur les dernières mesures duquel le maître se lève de son siège, comme soulevé par la musique après une vigoureuse Bacchanale quasiment nerveuse. Pour l’occasion, les solistes de l’orchestre livrent le meilleur d’eux-mêmes et colorent les sons par leur expressivité. C’est ainsi que l’indolence de la flûte baigne l’après-midi d’un faune d’une agréable chaleur, que les différents bois incarnent la diversité des oiseaux bucoliques de Daphnis, que les tintements des percussions et du célesta rythment Laideronnette, Impératrice des pagodes ou encore que l’alto et le violon se répondent dans Bacchus et Ariane.

« Ne me quitte pas…, ne me quitte pas… »
Le public marque tant son affection et son enthousiasme face à l’interprétation entre les différentes œuvres, laissant à Monsieur Plasson le plaisir de passer régulièrement entre les rangs de son orchestre pour faire lever les musiciens. Après de telles retrouvailles, difficile de se quitter… Le maître dit lui-même qu’il ne peut pas partir. La soirée (de près de 2H40 entracte compris) se prolonge ainsi tant par de vibrantes séquences d’applaudissements offertes par un public debout que par un florilège de rappels comprenant entre autres l’ouverture de Carmen, la Marche hongroise de La Damnation de Faust (avant laquelle Monsieur Plasson appelle à une Panthéonisation de Berlioz), Le Piccadilly de Satie, ou encore la Valse triste de Sibelius (en clin d’œil au pays natal de Tarmo Peltokoski actuel directeur musical de l’orchestre) dont le mélange complexe de sentiments tant heureux que nostalgiques résume parfaitement la soirée.
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