AccueilA la UneAlerte à Verbier : un ovni « Debargue » !

Alerte à Verbier : un ovni « Debargue » !

COMPTE-RENDU – Parmi les stars appelées à se produire dans les hautes atmosphères du Verbier Festival, de plus jeunes étoiles trouvent aussi à briller. Tel Lucas Debargue qui, avec son talent inné pour rampe de lancement, place vite son public en orbite…   

C’est une planète à part. Tous les étés, dans le Valais suisse, entre les chalets en bois avec vue sur sommets verdoyants, ce sont des vedettes de la musique classique qui se retrouvent là, au Verbier Festival. Et cette 33ème édition ne fait que confirmer la règle. Evgeny Kissin, Khatia Buniatishvili, Martha Argerich, Alexandre Kantorow, Nikolaï Lugansky, Kirill Gerstein, Bruce Liu : rien qu’en matière de piano, le gratin est de la partie. Et puis il y a Lucas Debargue, un Français qui en a fait, du chemin, depuis sa révélation lors du célèbre concours Tchaïkovski de 2015. Du chemin sur la voie de l’apprentissage et du perfectionnement, de la performance qui fait mouche, et même sur celle de la composition…

Ce n’est donc pas seulement une comète qui vient se présenter au public de Verbier en concert d’ouverture (avec la périlleuse et énigmatique Turangalîla symphonie de Messiaen), mais aussi lors d’un intimiste récital donné en l’église de la station suisse. Avec, au programme, quatre sonates de Scarlatti, la fameuse « Clair de Lune » de l’ami Ludwig, une petite Ballade de Franz Liszt pour amuse-bouche, et enfin des variations sur le Summertime  de George Gershwin composées… par Lucas Debargue himself

Un vrai « George » Lucas

C’est donc une sacrée galaxie qui est ici explorée, mais à l’heure de faire grimper le public dans sa fusée, le pianiste sait y faire : dès ses premières notes, dès son premier contact avec le clavier, il se fait magnétique et ensorcelant. Il y a bien sûr cet art déjà si bien rôdé de faire gambader majestueusement les doigts sur le clavier ; mais il y a surtout, chez Beethoven notamment, ce souci de faire briller chaque note, de la parer du plus beau vernis, de la jouer avec conviction mais sans trop appuyer car il s’agit surtout d’être solennel et mélancolique. Mais tout finit en apothéose, et les doigts reprennent leur folle gymnastique, comme pour mieux se préparer à l’intense suite. 

Car à l’heure de placer l’audience sur le satellite de son propre univers, le « George Lucas » du soir lâche les chevaux. Bien sûr, le public reconnaît le fameux thème de « Summertime », mais celui-ci prend ici des couleurs nouvelles, une rythmique différente, joué façon Bach d’abord (c’est-à-dire au tempo réglé comme un coucou suisse), puis Chopin ensuite (c’est-à-dire plus sentimental). Et toujours les mains se font élastiques, agiles, le musicien classique laissant place au jazzman averti venant faire swinguer et danser d’enivrants motifs qui font voler haut le public en matière de grisantes sensations. 

Mais il lui faut bien redescendre sur terre, pour finalement réserver une ovation à cet « ovni » au visage bel et bien humain, qui a trouvé toute sa place sur la planète Verbier. 

À Lire également : Lucas Debargue, comme sur du velours

© Anne du Chastel

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