COMPTE-RENDU — Un violon sur le Sable, festival de musique sur la plage de Royan, offre un périple jalonné de créatures fantastiques et d’aventures hors normes… ça ne vous rappelle rien ?

La scène est un promontoire, garnie d’un lustre qui se verra même, durant la dernière partie du concert, accompagné par la lune. Toute la ville de Royan s’est vidée pour écouter une fameuse épopée, narrée par l’Orchestre du festival Un Violon sur le Sable et Acad’ÔChoeur, aux côtés de fameux aèdes et autres sirènes dont Pretty Yende, Thomas Bloch et Astrig Siranossian et pour timonier Jérôme Pillement.

Un, deux, Troie !
L’embarquement se fait, par Le Vaisseau Fantôme de Wagner nous plongeant d’abord dans un univers tortueux, aux glissandi soudains et aux dynamiques triomphales. Par là, on décèle le macabre monstre des mers, marqué par son aspect colossal et impétueux. Est-ce un gouffre aspirant les navires ou une créature avec plusieurs têtes de serpent, décimant des équipages entiers ?
Le mysticisme de l’Aquarium du Carnaval des animaux de Saint-Saëns révèle les contrées enchanteresses de l’océan suite à l’échappée de la péripétie précédente, comme la promesse d’un retour, avec une série d’arpèges et de notes conjointes jouées avec une grande vélocité. Puis un solo à l’harmonica de verre de Thomas Bloch nous laisse bouche bée : étonnantes couleurs sonores produites par le timbre, bleuté, la mer, le ciel… le dieu des vents les protège contre le dieu des mers.
Ni Charybde ni Scylla
Le cinquième mouvement du Concerto pour orchestre de Bartók explore les tutti magistraux et évoque une catastrophe, corroborée par les cors à l’articulation percutante : c’est la tempête déchaînée par Poséidon. Mais voici que les sonorités chaudes de Pretty Yende évoquent l’amour sur un air de Gounod. Les sirènes nous appellent, et pour une fois, on ne mettra pas de cire dans nos oreilles !
Les flots ne vont pas tarder à nous porter sur les rivages de Calypso. Le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn propose une marche nuptiale avec flûtes en broderie et des sons tout en délicatesse, comme un souvenir de l’épouse Pénélope…
Heureux qui comme Ulysse a fait bon voyage
Le départ au piano bien reconnaissable de la bande originale d’E.T. par John Williams se fait entendre. Les cordes sont frottées vigoureusement avec les archets, le style est impressionniste, le tonnerre est d’applaudissements. Un moment inattendu où les extraterrestres s’invitent dans notre récit antique ! Mais la rencontre avec la magie du cosmos a lieu avec Les Djinns de Fauré. Le chant syllabique est d’un phrasé particulièrement enchanteur, où la magie opère. Les voix du chœur sont éthérées, ce qui dévoile une once d’espoir quant à la chute prochaine des prétendants !
Enfin, la mer nous ramène à Ithaque, accompagné de la violoncelliste Astrig Siranossian et de ses crescendos triomphants. L’aventure s’achève presque, après Dvořák, Puccini et la paroxysmique Vie en Rose d’Edith Piaf. Le feu d’artifice accompagné d’une musique de Camille Pépin conclut ce magistral récit fondateur. Finalement, Ulysse aura fait bon voyage.
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