COMPTE-RENDU — Au pied du massif des Écrins, le Festival Messiaen au Pays de la Meije donne depuis près de trente ans à entendre des compositeurs et œuvres d’époques variées. Même si, ici, la musique plus contemporaine aime donner le la.
Elle fait pleinement partie du paysage local, au même titre que les cimes enneigées et que les chamois qui sortent parfois des bois, à l’occasion. C’est qu’il y a du beau monde, chaque été, au pied du pic de la Meije, pour venir honorer l’œuvre et la mémoire d’Olivier Messiaen dans le festival qui porte son nom. Cette année encore, pour cette 28ème édition, plusieurs illustres noms figurent à la liste des invités : le modern dandy Pierre Bleuse et son Ensemble intercontemporain, le compositeur britannique George Benjamin, ou encore le Quatuor Diotima, trente ans tout juste et plus fringant que jamais.
Elle a donc matière à être honorée, assurément, grâce notamment à ces quatre instrumentistes (Yun-Peng Zhao et Leo Marillier au violon, Franck Chevalier à l’alto, Alexis Descharmes au violoncelle) qui interprètent ici un très poético-patriotique Quatuor à cordes du méconnu polonais Karol Szymanowski, un Quintette pour clarinette de Mozart (avec le virtuose Patrick Messina en renfort de nobles sonorités), et une « création mondiale » de Michaël Levinas (d’ailleurs présent en personne pour entendre sa composition prendre vie) : un enchaînement de « Diagonales inouïes », dixit le compositeur himself, où les archets et les doigts multiplient les grands écarts, où les mains gauches ne font souvent qu’effleurer les cordes, et où les tonalités changent et permutent pour dessiner un mystérieux mais néanmoins captivant matériau sonore.

Des musiciens à la pointe !
Dans la charmante église du village de la Grave, les membres du quatuor semblent se coordonner les yeux fermés (même s’ils sont bien ouverts), d’un seul geste, une seule respiration à travers des sonorités comme angoissées, susurrées, à renfort de sourdines sur les chevalets, de jeu à la pointe de l’archet, et de triples piano rigoureusement tenus. Mais bien vite les coups de crin gagnent en longueur et en expressivité, les crescendos se font légion, et voici que les instruments se font une joie, avec une coordination millimétrée, et entre deux pizzicati cinglants, de donner dans un Vivace bouillonnant de rythmes et de sons débridés.

Mais c’est qui, au fait, elle ? Et bien, la note, s’il vous plaît ! Et face à l’addition de tant de talents et de créativité, le public paye cash avec de chaleureux applaudissements, qui saluent aussi le bref retour au romantisme permis par un Lied de Schumann donné en bis.
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