DÉCÈS – Toute sa vie il aura refusé les tiroirs. L’artiste Michel Fano, décédé hier à l’âge de 96 ans, n’aura eu de cesse de faire briller son insolence inspiratrice, en refusant de s’installer dans un domaine particulier.
Au moment de remplir la case « profession » de sa fiche d’imposition, Michel Fano devait être bien embêté. Qu’écrire ? Compositeur de musique de film ? Professeur ? Monteur ? Compositeur de musique classique ? Réalisateur ? Producteur ? Le plus simple serait d’inscrire « homme libre » pour définir le parcours de ce Parisien de naissance.
Comme son créateur, son œuvre refusera toujours de se ranger dans les normes. Le théoricien n’aura de cesse de brouiller les frontières entre parole, bruit et musique. Dans ses multiples collaborations avec le réalisateur Alain Robbe-Grillet (L’Homme qui ment en 1968, L’Eden et après en 1970), le pianiste de formation élabora une technique de composition permettant de créer un « continuum sonore », promettant un sacerdoce pour ceux qui devaient couper en plusieurs pistes son travail afin de sortir l’album dans les bacs. Mais là aussi, il faudra bien se creuser les méninges pour trouver la bonne place à son œuvre parmi les rayons du disquaire. Michel Fano mérite sans doute son propre rayon, pour éviter toute revendication.
Une liberté de naissance
La liberté de ton et de création du monsieur était déjà là chez le jeune homme avant-gardiste qu’il était dans les années 50, avec ses collègues et/ou amis Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen ou encore Igor Stravinsky. Une équipe de têtes brûlées qui ne donne pas envie d’ajouter sa petite remarque. Sa rencontre avec Pierre-Jean Jouve et la publication de Wozzeck ou le Nouvel Opéra (1953) marqueront également les esprits, tant une nouvelle référence venait d’être donnée.
Michel Fano devait prendre sa respiration lorsque quelqu’un lui demandait ce qu’il faisait dans la vie. Producteur de cinéma (Hiroshima mon amour), réalisateur, professeur à l’IDHEC et à la Fémis ou même ingénieur son, la conversation pouvait démarrer après une telle réponse. L’idée devait être de décourager les futures biographies intempestives. Celui qui s’occupera de mettre sur le papier toute l’œuvre de cet homme libre devra, lui aussi, savoir tout faire.
À Lire également : Décès de Mignon Dunn, polyglotte lyrique
Photo de Une : Michel Fano CC BY-SA 4.0 Jean Segura

