AccueilA la UnePiano aux Jacobins : Javier Perianes, nocturne bon gré-malgré lui

Piano aux Jacobins : Javier Perianes, nocturne bon gré-malgré lui

COMPTE-RENDU – Pour ouvrir sa 47ème édition, le Festival Piano aux Jacobins confie le Cloître Toulousain à Javier Perianes. Le pianiste espagnol vient célébrer les 150 ans de Manuel de Falla en faisant dialoguer sa musique avec Chopin et Albéniz. Mais avant même qu’il puisse faire entendre la première note, un autre protagoniste s’invite au programme : la lumière.

À peine Perianes installé, elle s’éteint. Se rallume. Disparaît encore, revient, hésite une dernière fois… puis semble enfin se décider. Le pianiste, lui, attend stoïquement que le Cloître choisisse son éclairage. Il ne sait pas encore qu’il passera une bonne partie de la soirée à jouer avec lui.

Un vrai nocturne

Le hasard devient particulièrement bien inspiré lorsque vient le Nocturne op. 27 n° 2 de Chopin. La lumière abandonne presque totalement Perianes, qui poursuit pourtant son interprétation comme si rien ne s’était passé. Un Nocturne dans la pénombre : difficile de reprocher à la régie son sens du premier degré.

La scène produit surtout une image inattendue. Privé de l’éclairage qui distingue habituellement l’artiste de ceux qui l’écoutent, Perianes se retrouve presque dans la même lumière que son public. Le soliste descend symboliquement de son piédestal et le Cloître fait le reste : pendant un instant, seuls le piano et le bruit des insectes provenant de la cour voisine viennent habiter l’obscurité.

Lorsqu’enfin la lumière revient, le pianiste n’a jamais cessé de jouer.

Falla sans interrupteur

Cette obstination convient finalement assez bien à un programme construit comme un jeu de correspondances. Falla et Chopin alternent dans la première partie : nocturne contre nocturne, mazurka contre mazurka, danse espagnole contre poésie polonaise. Perianes ne cherche pas à opposer deux mondes, mais à montrer ce qui circule entre eux : le goût du rythme, du chant et surtout de la couleur.

Après l’entracte, Cuatro piezas españolas de Falla puis quatre extraits d’Iberia d’Albéniz font justement éclater cette couleur avec davantage de puissance. La lumière, décidément peu disciplinée, disparaît encore soudainement avant de revenir tout aussi brusquement. Cette fois, elle parvient au moins à épargner le pianiste.

Le public, lui, ne semble pas près de vouloir le laisser partir. Perianes revient trois fois en bis, prolongeant une soirée déjà très chaleureusement accueillie. Au terme du dernier, la salle finit par se lever pour l’applaudir.

Perianes aura donc inauguré le festival en célébrant Falla, Chopin et Albéniz, mais aussi en rappelant involontairement une évidence : un récital dépend parfois de beaucoup de choses pour fonctionner. Ce soir-là, heureusement, l’une d’elles pouvait tomber en panne. Pas le pianiste.

© William Wartel
À Lire également : Ozone aux Jacobins - jazz au couvent
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