AccueilA la UneMăcelaru et l’ONF, tout pour la musique

Măcelaru et l’ONF, tout pour la musique

COMPTE-RENDU – Ce jeudi avait lieu le concert d’ouverture de la dernière saison de Cristian Măcelaru au poste de directeur musical de l’Orchestre National de France. Une fonction qu’il occupe depuis 2020. Le programme de rentrée propose trois portraits foncièrement différents, mais que l’orchestre nous a appris à comprendre en profondeur, en s’oubliant pour le bien de la musique.

Cristian Măcelaru est un chef d’orchestre qui a une qualité rare : il sait très bien faire son travail, tout en restant discret pour laisser briller la musique, parfois trop oubliée par certains chefs aux gestes fabriqués pour le public. Le dévouement de ce chef roumain est beau à voir. La tête parfois dans les épaules, la concentration maximale, il donne toujours l’impression d’être totalement investi dans la mission qui lui est confiée et ne fait rien qui ne soit pas directement au service de son art. Pourtant, il aurait de quoi pavaner quand on voit tout ce dont lui et son orchestre ont été capables ce soir-là.

© Cristina Tanase
Pas question de se faciliter la tâche

Un programme tout à fait exigeant, ambitieux et en dehors des sentiers battus. Là encore, Cristian Măcelaru n’a pas choisi un programme pour se montrer, mais s’est au contraire immédiatement mis en danger pour faire découvrir au public des œuvres trop méconnues. Tout commença avec Leonard Bernstein, son homologue américain, et ses Chichester Psalms, une pièce pour chœur, solistes et orchestre (sans les bois). La finesse du trait était requise tant les changements d’humeur sont éclairs et les battues tout sauf intuitives. Le Chœur de Radio France n’a pas manqué d’énergie, mais a parfois été bousculé, peinant à tenir le tempo exigé par le chef. Le jeune soliste de la Maîtrise de Radio France Eliot Louvet a charmé son public avec une voix fine, sur un fil, qui laisse encore percevoir les tremblements du grand soir. Les cordes prendront ensuite le relais dans la dernière partie de la pièce, avec un son particulièrement chaleureux, douloureux et terriblement expressif, de quoi faire rougir nombre d’autres orchestres nationaux. Dix secondes de silence viendront ponctuer cette expérience, belle manière de faire table rase du passé pour commencer sur de jolies bases.

© Fabrice Nassisi
Un artiste en résidence, jouant comme à la maison

Une deuxième mission complexe attend Cristian Măcelaru avec le Premier concerto pour violoncelle de Camille Saint-Saëns. Au-delà de la difficulté de l’œuvre elle-même, le chef a dû se frotter au violoncelliste en résidence Nicolas Altstaedt, et il ne lui a pas fait de cadeaux ! Même de loin la goutte de transpiration pouvait s’imaginer, tant les changements brusques du tempo et de dynamique laissent présager des loupés inévitables. Mais c’est sans connaître la symbiose entre le chef et son orchestre, qui n’ont pas raté une seule fois le coche, grâce à une concentration de tous les instants. Totalement investi et dans sa bulle, Nicolas Altstaedt a proposé un son très particulier, incisif, tranchant et vaporeux, laissant parfois trop de place aux harmoniques. Les nuances piano trop souvent extrêmes (le compositeur n’indique jamais en-deçà de pianissimo pour le soliste et Altstaedt est allé bien plus loin que cela) ont empêché au son de réellement se développer. La virtuosité est indéniable, il semble savoir tout faire, et c’est sans doute cela qui a posé problème. Il ne faut pas toujours tout montrer.

© Sorin Popa
Roulez jeunesse

Cristian Măcelaru connaît bien cela, et saura surprendre en dévoilant un nouveau pan de son talent avec la Première symphonie de George Enescu. Même les plus beaux passages, ceux qui le font vibrer, il les gardera pour lui, ne donnant crédit qu’au son de son orchestre. Seuls des froncements de sourcils permettront de décrypter le pied que le chef prenait à diriger cette pièce si particulière. George Enescu est un jeune garçon de 24 ans lorsqu’il écrit cette œuvre, et ça s’entend ! Celui qui a « horreur de ce qui stagne » le fait bien comprendre avec une symphonie assez folle qui passe d’un paysage à un autre sans avoir le temps de prendre des photos nettes : ici des bûcherons au travail, là une centrale électrique, puis plus loin une guinguette, puis des enfants dans les champs, avant de traverser une banlieue lugubre et grise… Libre à chacun de s’inventer ses décors (je ne m’en suis pas privé). Véritable tourbillon polyphonique, cette pièce n’embarquera pas forcément tout le monde avec elle, mais pourra avec le temps s’installer dignement au milieu des grandes symphonies reconnues.

De bout en bout Cristian Măcelaru aura maintenu une douceur de son, des sonorités suaves, intimistes parfois, montrant encore une fois qu’il est au service de la musique, et qu’il n’y a pas de place pour se laisser aller en faisant fi du conducteur. Tout Măcelaru est dans le son de son orchestre, et nulle part ailleurs.

À Lire également : Orchestre Lamoureux propose saison musicale passionnée

Photo de Une : Cristian Macelaru, credits Cristina Tanase

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