AccueilA la UneMagdalene Ho aux Jacobins, le bel âge de la déraison

Magdalene Ho aux Jacobins, le bel âge de la déraison

COMPTE-RENDU – À 23 ans, faut-il déjà savoir retenir ses émotions ? Au Cloître du Festival Piano aux Jacobins, Magdalene Ho semble avoir choisi la réponse. Lauréate du Concours Clara Haskil en 2023, la pianiste malaisienne arrive avec Haendel, Satie, Liszt, Beethoven et Schumann sous la manche. Deux siècles de musique face auxquels elle ne cherche jamais à faire oublier son âge. Bien au contraire.

La jeunesse sans mode d’emploi

Dès les premières mesures, quelque chose frappe dans son jeu : une énergie qui ne semble pas encore avoir appris à se méfier d’elle-même. Chez Ho, l’émotion est bien perceptible, parfois presque physique. Cela ne signifie pas jouer tout avec la même fougue. Le programme lui impose justement de passer de la clarté de Haendel au dépouillement de Satie, puis aux univers autrement tourmentés de Liszt, Beethoven et Schumann.

Mais cette diversité révèle une constante : Ho paraît moins intéressée par la démonstration que par ce qu’elle peut faire ressentir. Sa jeunesse n’est alors ni un argument biographique ni une excuse, elle devient une manière d’aborder ces partitions sans leur imposer une distance.

Dante sans purgatoire

C’est Après une lecture de Dante de Liszt que cette disposition prend toute son ampleur. L’œuvre pourrait facilement devenir une vitrine de virtuosité. Ho en fait plutôt un récit à vif. Les contrastes sont absolus : la puissance surgit puis s’efface, l’intensité laisse apparaître des instants d’une étonnante vulnérabilité.

Surtout, quelque chose paraît profondément sincère dans cette lecture. La pianiste ne semble pas vouloir domestiquer ni Dante ni Liszt. Elle accepte leurs excès, leurs ruptures et leur théâtralité, jusqu’à produire l’un des moments les plus émouvants du récital.

Beethoven et la Grande Humoresque de Schumann prolongent cette confrontation avec des écritures fragmentées, changeantes, où cette capacité à passer rapidement d’un état à l’autre trouve naturellement sa place.

Et lorsqu’il faut finalement quitter le clavier, Ho choisit de faire exactement l’inverse de tout éclat spectaculaire. En bis, elle revient à Bach avec Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ, BWV 639, dans la transcription pour piano de Busoni. Après tant d’énergie, quelques minutes de recueillement suffisent. Le public ne s’y trompe pas et lui réserve un accueil enthousiaste.

Magdalene Ho a encore toute une carrière devant elle pour apprendre à mesurer, retenir ou dissimuler certaines émotions. Ou pas, ce qui serait peut-être le plus raisonnable sur le plan artistique.

A lire également : Javier Perianes, nocturne bon gré-malgré lui

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]