AccueilA la UnePiano aux Jacobins : İlyun Bürkev prend ses marques, puis la scène

Piano aux Jacobins : İlyun Bürkev prend ses marques, puis la scène

COMPTE-RENDU – Pour son premier récital en France, İlyun Bürkev aurait pu laisser son piano faire les présentations. Elle préfère pourtant prendre elle-même la parole et déclarer en anglais au public son amour pour Toulouse, et les enjeux de son programme.

De l’élève à l’interprète

Au clavier, les premières impressions sont celles d’une pianiste extrêmement précise. Tout est en place, pensé, parfois avec ce que son parcours de jeune musicienne encore en formation peut avoir d’académique. Mais quelque chose se libère progressivement.

La Waldstein de Beethoven permet particulièrement de l’entendre. Bürkev la traverse avec aisance et passion, mais surtout avec une véritable idée de l’univers qu’elle souhaite construire. Les sonates de Beethoven ont ceci de fascinant qu’elles révèlent rapidement les choix de celui qui les joue : ici, derrière la maîtrise, apparaît peu à peu une interprète qui ose davantage imposer les siens.

Cette affirmation passe aussi par le programme lui-même. Au milieu de Beethoven, Debussy, Schumann, Ginastera ou Liszt, Bürkev tient à faire entendre la Sonatine op. 15 d’Ahmet Adnan Saygun. Avant de la jouer, elle explique le lien qui l’unit à ce compositeur turc : Saygun fut le professeur de son propre professeur. Une filiation qu’elle revendique et un répertoire auquel elle tient particulièrement. Pour un premier récital français, la carte de visite devient donc aussi personnelle.

Plus envie de partir

La fin du programme achève de faire tomber toute réserve. L’énergie monte jusqu’à une conclusion spectaculaire, et le public réclame immédiatement la suite. Bürkev ne se fait guère prier.

Son premier bis prend pourtant le contre-pied des évidences avec le Nocturne n° 2 en fa dièse majeur, op. 15 de Chopin, qu’elle entraîne dans un mouvement particulièrement vif. L’accueil est déjà unanime, avec des applaudissements presque à l’unisson. Mais pour le second, la pianiste sait très bien l’effet qu’elle va produire : les premières notes de l’Alla Turca de Mozart provoquent des rires complices dans le Cloître. Bürkev en propose une lecture légère, fluide et captivante, que le public accueille avec enthousiasme jusqu’à la dernière note.

Ce qui frappe surtout, au terme du récital, c’est sa manière d’embrasser déjà la scène. À 18 ans, İlyun Bürkev ne donne pas seulement l’impression d’une pianiste en devenir : elle possède déjà ce goût du contact, du geste et de la présence qui distingue souvent les artistes appelés à compter. Si ce premier récital français devait servir de carte de visite, le message est assez clair : il faudra probablement retenir son nom.

© Hugo Alandry
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