CINÉ-CONCERT – À Flagey, Le Retour du Jedi prend une autre dimension. Sous la baguette de Dirk Brossé, le Brussels Philharmonic transforme Star Wars VI en expérience physique, entre déflagrations orchestrales, mythologie sonore et voyage en hyperespace.
Transmission du 13 septembre 2026. Quelque part entre Tatooine et la place Sainte-Croix
Les renseignements étaient exacts : une importante concentration de rebelles a bien été repérée ces derniers jours dans le secteur de Flagey. Trois soirées ont suffi pour remplir le Studio 4, où le Brussels Philharmonic s’est lancé dans une mission dont le niveau de dangerosité ne doit pas être sous-estimé : jouer en direct la partition de John Williams pendant la projection du VIème opus de Star Wars : Le Retour du Jedi.
L’institution bruxelloise avait poussé le camouflage assez loin. Dans le hall, un photomaton permettait de poser devant R2-D2, de revêtir quelques attributs Jedi ou de compromettre définitivement sa crédibilité professionnelle en compagnie de Grogu. Bruxelles connaît désormais bien le protocole du ciné-concert et semble avoir adopté Dirk Brossé comme commandant attitré de ses expéditions intergalactiques.
Il faut dire que l’homme connaît le secteur. Choisi par John Williams en 2010 pour diriger Star Wars in Concert, Brossé manipule cette musique avec l’assurance de quelqu’un qui pourrait probablement effectuer le trajet Bruxelles-Endor sans GPS. À ses commandes, le Brussels Philharmonic rappelle surtout une évidence que quarante ans de télévision, de VHS et de streaming avaient fini par faire oublier : Star Wars est aussi une formidable affaire d’orchestre.
Car lorsque les premières mesures retentissent, quelque chose change immédiatement d’échelle. Une musique que l’on croyait connaître par cœur retrouve soudain sa matière. Les archets attaquent, les cuivres surgissent et les percussions donnent à l’espace une consistance nouvelle. Ce qui était devenu une sorte de patrimoine sonore collectif redevient un geste physique produit sous nos yeux.
Et puis la navette décolle.
Pour rester à la hauteur du Brussels Philharmonic, le son du film est diffusé avec une puissance qui transforme rapidement le fauteuil en dispositif de simulation spatiale. Les moteurs grondent jusque dans les jambes, les explosions traversent la salle et les poursuites donnent parfois l’impression que le bâtiment de Flagey a obtenu, sans prévenir les autorités ixelloises, son permis de décollage. On était venu assister à un ciné-concert. On se retrouve dans une version étonnamment convaincante du cinéma 4D, sans lunettes ni sièges hydrauliques.
Cette débauche sonore produit surtout un effet inattendu : elle fait entendre tout ce qui, d’habitude, disparaît derrière l’image. Toute la galaxie imaginée par George Lucas repose sur un bestiaire acoustique façonné notamment par Ben Burtt et, pour Le Retour du Jedi, Randy Thom. Grondements, souffles, créatures, machines et éclairs de Force composent un monde sonore presque aussi immédiatement reconnaissable que les thèmes de Williams. Il existe même suffisamment de passionnés sur cette planète pour reconnaître certains de ces bruits indépendamment des images. L’univers Star Wars dispose d’ailleurs de son propre soundboard officiel. À ce stade, il faut accepter que quelque part dans la galaxie un individu puisse probablement identifier un modèle de chasseur TIE à l’oreille.
Le saviez-vous ? Le ronflement du sabre laser naît ainsi de la combinaison d’un vieux projecteur de cinéma et des interférences d’un téléviseur, avant qu’un jeu de microphone en mouvement ne lui donne son fameux balayage sonore. Le tir des blasters vient d’un câble métallique tendu sur une tour et frappé comme une corde gigantesque. Pour fabriquer la respiration de Dark Vador, Burtt place son microphone dans un détendeur de plongée. Quant au cri des chasseurs TIE, il mêle notamment le barrissement ralenti d’un éléphant au bruit de pneus sur une chaussée mouillée. Même R2-D2 est un hybride : des sons électroniques auxquels Burtt ajoute sa propre voix. Conclusion scientifique provisoire : pour créer l’espace, prenez un éléphant, du matériel de plongée, un vieux projecteur et quelques objets trouvés sur Terre.
À la sortie, une conclusion s’impose. Le ciné-concert ne consiste pas seulement à ajouter un orchestre sous un film que tout le monde connaît. Il en modifie la perception. En rendant visibles les dizaines de musiciens nécessaires à cette galaxie et en donnant au son une présence presque tactile, il rappelle combien Star Wars doit sa puissance à ce que l’on entend autant qu’à ce que l’on voit.
Fin de transmission. Ici Classykêo aux dernières nouvelles toujours en orbite autour de Flagey.
Que la Force soit avec vous.
Prochaine escale annoncée : Gotham City. Le 11 septembre 2027, Dirk Brossé retrouvera le Brussels Philharmonic pour Batman (1989) de Tim Burton, porté en direct par la partition de Danny Elfman.
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