COMPTE-RENDU – La Maison symphonique de Montréal accueillait Lang Lang en soliste aux côtés de l’Orchestre Symphonique de la ville dirigé par Rafael Payare. Au programme : l’Ouverture no. 2 d’Emilie Mayer, le Concerto pour piano no. 5 de Beethoven (dit « L’Empereur ») et en seconde partie, Sibelius. Une soirée à deux têtes d’affiche. Et quelques regrets pour ceux partis trop tôt.
Avant le roi, le royaume
Payare ouvre seul avec l’Ouverture no. 2 d’Emilie Mayer, compositrice du XIXe siècle qu’on ne présente pas assez, et c’est bien dommage. Les cordes font nager leurs harmoniques dans la salle, Payare prend le temps de laisser résonner avant d’attaquer la phrase suivante. La ligne mélodique avance en souplesse, le tempérament est léger, la palette de couleurs sonores saisissante. L’orchestre répond à la milliseconde : chaque pupitre à sa place, tout le monde sur la même pulsation. On ne sait plus très bien si Payare conduit la musique ou si c’est la musique qui l’anime. La frontière, ce soir-là, est délicieusement floue.
L’Empereur entre en scène
Le piano arrive depuis les coulisses, suivi de près par Lang Lang, et la salle applaudit avant même qu’il ne pose un doigt sur le clavier. Le ton est donné. L’ouverture du Concerto no. 5 de Beethoven se fait pédale una corda, toucher chirurgical et puissant à la fois. Les arpèges d’octaves s’élèvent légers, les gammes redescendent agressives. Les deux mains parfaitement synchronisées donnent une épaisseur rare au son : cristallin et humide à la fois, la pédale de sustain enveloppant chaque phrase d’une rondeur généreuse. Le mécanisme du piano bat à tout rompre, les marteaux claquent dans les envolées téméraires. La salle est en apnée. Alternance de tension et de relâche, refus de toute mécanicité. Lang Lang joue régulier sans jamais jouer mécanique, nuance capitale. Il offre deux bis. La salle les prend tous les deux sans discuter.
Ce que les partis trop tôt n’ont pas entendu
Après l’entracte, Lang Lang cède la scène entière à Payare et l’orchestre pour Sibelius et sa Deuxième. La direction devient ample, suspendue, flamboyante, hypnotisante sur le deuxième mouvement où chaque pupitre semble animé de l’intérieur. Le troisième mouvement s’enchaîne sans répit avec le quatrième, Sibelius multipliant les fausses résolutions avec un sadisme savoureux que Payare accentue à plaisir : l’attente devient délicieuse, la frustration raffinée, jusqu’à l’explosion finale qui mène l’ensemble à l’extase.
Au total, trois standing ovations, chaleureuses mais inégales entre la première partie et la seconde. Zéro pour ceux qui sont partis à l’entracte, ils s’en mordent les doigts. Le public repart musicalement comblé.
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Photos © Antoine Saito

