AccueilA la UneZampa ou La Fiancée de marbre : Paris boulevard du crime

Zampa ou La Fiancée de marbre : Paris boulevard du crime

LIVRE-DISQUE – Nouvel ajout au catalogue désormais bien rempli du Bru Zane Label, Zampa ou La Fiancée de marbre ressuscite un grand succès parisien et européen des années 1830, servi par une distribution tout à fait convaincante en dépit d’une œuvre datée en bien des aspects.

Fidèle à son projet de réhabilitation du répertoire français du XIXème siècle, le Palazzetto Bru Zane ajoute un nouvel enregistrement à son catalogue : Zampa ou La Fiancée de marbre de Ferdinand Hérold, qui ressemble étrangement à une machine à voyager dans le temps.

Paris 1830

Si l’on devait décrire le Paris théâtral de 1831 (date de création de l’œuvre), on penserait sans doute à Victor Hugo et à ses pièces où se mêlent tous les registres, dans une cohabitation foisonnante. On penserait aussi, probablement, aux mélodrames qui faisaient les beaux jours du « boulevard du crime », hanté de morts, de surnaturel, de corsaires, de reconnaissances imprévues et de vertu outragée. Qu’à cela ne tienne : tout cela est dans Zampa ! En à peine deux heures vingt de musique, l’œuvre met en scène le pirate éponyme, séducteur invétéré qui s’en prend à la jeune Camille, fiancée d’Alphonse. Et le théâtre n’ayant rien connu de mieux depuis Don Juan pour rétablir l’ordre moral et social, voici qu’une statue prend vie pour châtier le héros : celle d’Alice Manfredi, qu’il avait séduite puis abandonnée et qui revient pour se venger. On s’en doute, le triomphe, à l’époque, fut total. La question reste de savoir si la magie opère encore, près de deux siècles plus tard.

Don Juan à Paris

La frontière entre l’ancien et le désuet étant mince, Zampa tombe, par moments, dans la seconde catégorie. Si le héros partage avec Don Juan son amour des femmes, il n’en a pas les profondeurs philosophiques, et les pages comiques comme dramatiques de la partition n’ont pas la richesse du modèle mozartien – malgré de réelles audaces harmoniques. Erik Nielsen, à la tête du Münchner Rundfunkorchester, fait ainsi preuve d’une grande intelligence dans sa direction, en laissant ressortir les contrastes dramatiques sans trop les appuyer, et en faisant confiance à l’effet produit par la seule écriture. Il ne double pas le tout d’une lecture pathétique, et dirige à l’inverse les pages plus légères avec éclat. Le Chor des Bayerischen Rundfunks aurait pu être davantage présent dans la prise de son, mais il s’acquitte bien des scènes d’ensemble qui sont les pages sans doute les plus frappantes, avec leur dimension surnaturelle et leurs climax dramatiques. Malgré tout, on ne se défait jamais totalement de l’impression d’une œuvre d’un autre temps, en raison de situations théâtrales stéréotypées qui pourront peiner aujourd’hui à susciter l’empathie, et de ballades, barcarolles et autres sérénades qui n’ont rien d’impérissable.

Retour vers le passé

Le défi pour les chanteurs était donc grand, et on remarque d’emblée des dialogues parlés efficaces et bien menés. Julien Henric revêt le costume de Zampa, taillé sur mesure pour Jean-Baptiste Chollet, « baryténor » à l’ambitus remarquablement large. Le ténor affronte d’une voix solide les difficultés de la partition, avec l’énergie et la séduction propres au personnage, et trouve en Hélène Carpentier une interprète dont le sens du drame se révèle de scène en scène. Le couple qu’elle forme avec l’Alphonse de Cyrille Dubois possède un bel impact théâtral, la voix corsée de l’une répondant au timbre lumineux de l’autre. Les rôles comiques sont également bien tenus par Héloïse Mas (Ritta), Pierre Derhet (Dandolo) et François Rougier (Daniel) qui n’en appuient pas à outrance la dimension farcesque – même si les qualités des interprètes auraient mérité des rôles plus étoffés.

« Plus qu’un hommage, une réparation » écrit Alexandre Dratwicki au sujet de cet enregistrement : on ne partage pas le même enthousiasme quant à l’œuvre elle-même, mais pour ce qui est de faire surgir la scène parisienne passée dans le présent, le Palazzetto Bru Zane a réussi son coup.

Pourquoi on aime ?

  • Pour la distribution, qui défend l’œuvre avec conviction
  • Pour l’élégance de la direction d’Erik Nielsen
  • Pour l’objet de curiosité que l’enregistrement représente

C’est pour qui ?

  • Les inconditionnels du répertoire français
  • Les curieux des pratiques théâtrales et musicales du XIXème siècle
À Lire également : Zampa effréné à Munich

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