COMPTE-RENDU – Pas besoin de passeport pour voyager depuis la Puisaye. Il suffit d’entrer dans l’église de Sommecaise par exemple, pour vivre une soirée de musique de chambre intitulée Impression, soleil levant, avec le Quintette Calypso et le Quatuor Bilitis. Au programme : Debussy, Ravel et Jean Cras. Trois compositeurs, quelques instruments et, surtout, une irrésistible envie de prendre le large.
Première escale : la brume
Le voyage commence avec Claude Debussy et sa Sonate pour flûte, alto et harpe. Dès les premières mesures, les instruments semblent ouvrir un paysage plutôt qu’un discours musical. La flûte, l’alto et la harpe se répondent, se mélangent, puis prennent leurs distances.

Le choix de cette œuvre n’est évidemment pas anodin : le programme emprunte son titre à Impression, soleil levant, le célèbre tableau de Claude Monet. Ici, pas de couleurs à regarder, mais des timbres à écouter. La musique suggère plus qu’elle ne décrit. Les contours se brouillent, les sonorités se superposent et le trio semble faire apparaître progressivement un paysage sonore.
Changement de cap avec Ravel
Puis le voyage se poursuit avec le Quatuor en fa majeur de Maurice Ravel. La formation s’élargit et le paysage change. Les cordes prennent possession de l’espace. Le discours devient plus dense, plus construit, mais conserve cette attention aux couleurs qui rapproche naturellement Ravel de l’esthétique impressionniste.

Jean Cras, compositeur en escale
Compositeur, contre-amiral et capitaine du navire La Provence, il est sans doute le personnage le plus inattendu de cette traversée musicale. Le programme rappelle qu’il est aussi l’inventeur de la règle de Cras, encore utilisée par les marins aujourd’hui. Difficile de trouver meilleur candidat pour un concert placé sous le signe du voyage.
Son Quintette pour harpe, flûte et trio à cordes semble prolonger cette histoire. Le compositeur y fait dialoguer les timbres et les matières, comme si l’orchestre miniature devenait lui-même un navire : les instruments avancent ensemble, parfois calmement, parfois dans un mouvement plus agité.

Terminus : la Puisaye
Pendant les Estivales de Puisaye, les villages deviennent des escales et les églises, des salles de concert. Ce programme en donne une belle illustration : nul besoin d’aller très loin pour changer de paysage.
De Debussy à Ravel, puis de Ravel à Cras, la soirée dessine un itinéraire fait de couleurs, de mouvements et de sonorités. Le soleil levant du titre n’est finalement peut-être pas seulement celui de Monet.
C’est celui d’une musique qui, le temps d’une soirée, transforme une petite église de Puisaye en fenêtre ouverte sur le large.
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