AccueilA la UneOyez Oyez le couronné Richard Ier à la cour de Dijon !

Oyez Oyez le couronné Richard Ier à la cour de Dijon !

COMPTE-RENDU – L’Opéra de Dijon accueille à l’auditOrium le trop rare Riccardo Primo de Haendel. Il fut portant porté à la création par une fine fleur de vedettes vocales, et il se voit ce soir honoré d’une riche cour qui aura parfaitement répondu aux demandes de tout digne héraut royal :

Festoyez Festoyez ! avec le sieur Paul Agnew, digne Connétable d’un autre fameux William conquérant (pas christique, mais Christie) et surtout ce soir de Richard Cœur de Lion : voyez voyez comme il n’a pas même besoin d’estrade ou de podium en guise de trône pour conduire ainsi dignement son armée de ménestrels. Comme tout vrai noble, il est au service : de la musique, de l’interprétation, des artistes, le tout avec clarté, et fort bien secondé par son continuo en guise garde rapprochée. La vaillance de cette phalange doit assurément être louée pour son investissement avec métier durant les trois heures de la soirée (même lorsque les péripéties secondaires pour notre bon roi font un peu trop s’éterniser les successions de joutes, surtout en solistes). Qu’ils soient récompensés à la taverne d’agapes de notre bonne ville de Dijon !

Admirez Admirez ! avec révérence notre bon roi Richard, dont l’illustre souvenir et les exploits glorieux sur l’île de Chypre en route pour la croisade sont confiés aux bons soins de son compatriote Hugh Cutting. Il s’en fait le sieur-narrateur, investi, et sa voix n’a pas besoin de grands volumes pour résonner longtemps dans la belle acoustique de ce palais sonore. Que ce chevalier amoureux déploie de cœur à l’ouvrage ! Galant et vaillant à la fois, empressé d’élans et de penchants, il est décidément riche en caractère, à point et d’un cœur de lion coulant.

Grande soit également la louage pour la Constance de Mélissa Petit qui prête à la princesse de Navarre échouée l’expressivité de ses plaintes vibrantes. Sa beauté vocale est pareille à celle du rossignol, s’envolant d’un battement vocal en un mouvement céleste, mais sachant aussi faire montre de sa grande douceur dans de petits décrochements d’ailes. Longue voix à notre reine ! dont la belle robe blanche annonçait déjà qu’elle était promise à notre bon roi.

Louez Louez ! pour leur bonheur la Pulcheria de Juliette Mey, plus courageuse elle aussi qu’une lionne ! et dont la générosité la pousse à sauver la situation par la menace de son sacrifice pour une étrangère. Votez ou Soulevez-vous pour changer le système qui lui refuse désormais de monter sur le trône, sa vigueur et projection chaleureuse étant des plus souveraines, s’appuyant sur son médium installé et vibré qui ne manque pas de vigueur pour revivifier chaque accent. Sa présence suffit d’emblée à tenir la scène à elle seule, comme elle devrait régenter tout un royaume.

Compatissez ou Soutenez le pleutre prince de Syrie, l’Oronte de Paul Figuier, qui est pourtant appelé à devenir roi de Chypre. Qu’il trouve encore des repères dans sa voix perchée, et des appuis dans le grave qui lui demande beaucoup d’air (et plus encore des repères scéniques, même en version de concert). Qu’il s’appuie sur l’articulation de ses récits et les assises que trouvent ses les accents vers l’aigu.

Pardonnez Pardonnez ! à Isacio, gouverneur de Chypre, pour son infâme opposition à notre Roi, comme celui-ci lui pardonne, et surtout pour la voix d’Andreas Wolf : haute et forte en caractère, riche et intense, d’un goût et d’une capacité à la performance qui l’auront rendu digne d’affronter notre suzerain. Pardonnez aussi son surjeu, y compris vocal, qui ne parvient pourtant pas à gommer la richesse et l’ampleur de son appareil.

Tremblez Tremblez ! devant le Berardo d’Alex Rosen dont le grave vrombit et perce avec force boutoirs mais manque d’homogénéité, perdant en appuis ce qu’il gagne en amplitude
spadassine, et surtout quand il se pose et ralentit.

Oyez Oyez ! les ménestrels des Arts Florissants auront ainsi démontré que l’Empire d’un cœur de lion s’étend à travers les siècles et les continents, et que même, le temps d’un soir, par la grâce d’une ambassade culturelle, l’Albion aura été acclamé par une assistance nombreuse et fidèle de bons bourguignons.

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