AccueilA la UnePhilopéra : un nouveau venu prend ses marques à Garnier

Philopéra : un nouveau venu prend ses marques à Garnier

COMPTE-RENDU – Créé et géré exclusivement par des musiciens de l’Opéra de Paris, l’orchestre Philopéra a effectué son tout premier concert au Palais Garnier sous la direction de Daniel Harding. Cet ensemble d’un nouveau genre prend tranquillement ses marques et aura besoin d’un petit peu de temps pour se faire un véritable nom, et surtout un son.

L’idée de départ est louable, les musiciens de l’Opéra de Paris veulent jouer davantage de musique symphonique tout en étant libres de leurs choix, tant au niveau du programme que des chefs invités. Premier orchestre de ce type en France, il attire de suite l’œil sur lui. Toutes les traditions vont-elles valser ? De quelles contraintes vont-ils pouvoir s’affranchir ?

Photos © Melkon Ajamian

Ils ont choisi l’Opéra Garnier pour leurs débuts. D’autres portes sembleraient ouvertes mais ils ont décidé, et on peut les comprendre, de rester au chaud à la maison. Rester à la maison ne veut pas dire qu’une petite fête ne peut pas être organisée pour marquer le coup. Rien de tout cela en ce dimanche, avec un déroulement du concert qui incite à vérifier le programme pour se confirmer à soi-même qu’il s’agit bien d’un concert événement. Aucun discours ni au début ni à la fin, pas de bis, très peu de sourires, cela ne va pas être si simple apparemment de sortir du carcan. Il est habituel de voir les musiciens classiques ne pas spécialement s’intéresser à tout ce qui n’est pas la partition elle-même, mais un tel manque de formes a des raisons de décevoir et de doucher l’enthousiasme.

Libres comme l’air

Si ce n’est pas la salle, ce sera le programme ! Tout est possible désormais ! Philopéra a pourtant choisi un programme on ne peut plus classique, correspondant au répertoire type des orchestres nationaux européens : Troisième Symphonie de Schubert et Première Symphonie de Mahler. La perplexité prend place quand il s’agit de comprendre le choix de cette symphonie de Schubert pour commencer une telle aventure. En dehors des qualités indéniables de cette œuvre, sa forme manque tout de même d’entrain et d’énergie pour lancer la machine. L’entracte qui arrive au bout de seulement 25 minutes de musique a même laissé le public dans l’expectative, observant les musiciens s’en aller, sans un mot. Une scène vide = entracte. C’est bon à savoir. La symphonie de Mahler saura rehausser l’ambiance et porter ce concert en événement qu’il doit être.

Un chef maison

L’orchestre veut choisir ses chefs. Toutes les idées les plus folles peuvent alors leur venir en tête, mais c’est très étonnamment Daniel Harding qui est choisi pour cette mission. L’histoire du Britannique avec Paris est définitivement particulière. D’un premier contact sulfureux avec l’Orchestre de Paris (1997), à un poste de titulaire qui s’achèvera très vite (2016-2019), le voici de retour pour jouer un rôle majeur dans une phalange parisienne. Les musiciens ont donc fait le même choix qu’un comité de direction d’un orchestre habituel, ce qui peut être une bonne chose étant donné le métier et le professionnalisme indiscutables du chef. Mais la surprise attendra, car Harding connaît la méthode pour faire sonner un orchestre, quitte à se répéter.

Recherche de son

Le son de l’orchestre a surpris par son hétérogénéité et sa fragilité, peu aidé par une acoustique peu flatteuse. Cherchant la précision sans jamais vraiment la trouver, cherchant le fond du son sans pouvoir y creuser, peinant avec un équilibre en construction, le rendu fut assez inégal malgré les efforts visibles. Daniel Harding fouette de sa main gauche, le regard dans le vide, et les intentions bien claires dans sa tête, risquant parfois la succession d’idées plutôt que la ligne générale. Le travail de répétition s’entendait, les décisions se voyaient. Une direction très en avance, laissant une grande confiance aux musiciens, manquant souvent d’humour et de lâcher prise, et qui aime à accélérer sur les nuances forte. Une signature à prendre ou à laisser. Quelques loupés ont été remarqués dont un grand flottement de plusieurs mesures dans le premier mouvement de Mahler, des choses qui arrivent.

Tout est prêt pour qu’une belle aventure commence, mais le feu n’est pas encore là. Un premier pas en dehors du bercail est toujours effrayant, mais celui-ci risque d’en déclencher d’autres, et vers des choses alléchantes, comptons sur eux !

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1 COMMENTAIRE

  1. Loin d’être spécialiste, je suis une assidue, une mélomane de  » partout ».
    Je ne vais pas commenter la technique face à un musicien.
    En revanche, contrairement à vous, j’étais au deuxième rang milieu j’ ai vu des musiciens plutôt heureux et souriants (pupitre des violons notamment) .
    Pas de présentation avant ou après, tout le monde savait pourquoi il venait….au contraire les présentations personnellement cela me fatigue.
    Le regard vide de Harding ? Je n’ai pas senti cela…
    La réaction du public était vraiment enthousiaste…que des copains dans la salle ?

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