COMPTE-RENDU – Au centre d’un hémicycle des assises de l’auditoire, au Palais du Pharo, une simple estrade dressée accueille le récital du Trio Goldberg, issu de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, composé par la violoniste Liza Kerob, l’altiste Federico Hood, et le violoncelliste Thierry Amadi.
« Nous sommes transportés dans une autre dimension, faite non seulement de paysages et de sons, mais aussi d’esprits. Un voyage dans une contrée sans fin, dont les frontières sont notre imagination. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : la quatrième dimension. »
Ce samedi 17 octobre, Les Raisins de la Colère n’ont pas franchi le pavillon d’entrée et les grilles imposantes du palais du Pharo, symbole de l’empire du XIXe siècle. Loin des spectaculaires révoltes qui ont agité la cité phocéenne, au second étage de l’édifice, dans l’enceinte de la salle La Major, avait-on franchi le seuil de la Twilight zone ?
« There is a fifth dimension, beyond that which is known to man… »
L’altiste Federico Hood soutient l’harmonie fondamentale, tandis que violon et violoncelle se synchronisent sur le thème mélodique de Schubert. Ces interactions sont par ailleurs interprétées par des revirements d’expression : changements de tempo, fluctuations d’intensités sonores.
« Bach to the future »
Les Variations Goldberg, dont le nom du trio puise son ontologie, se sont heurtées à cette impossible mission : passer l’apothéotique portail de la cinquième dimension, clef de voûte mystique du talentueux compositeur. La récurrence des différences entre les mouvements nous rappellent combien cette œuvre fait définitivement partie du « mash-up » jungien de notre inconscient collectif.
Science ou Fiction ?
Le compositeur polonais Weinberg s’accorde avec les pièces de ses contemporains emblématiques. Ici, les couleurs métaphysiques d’un Messiæn, là le dodécaphonisme de Boulez. Sur un tempo Andante, Thierry Amadi signe les ruptures et les transitions des mouvements avec ses staccato. La pièce a l’allure d’une dramaturgie, amplifiée par les arpèges à deux notes en gammes ascendantes. Le jeu diversifié des doigts sur les cordes ; harmoniques, glissandos, et pizzicatos étoffent ce « scénario sonore ». Les legatos et le sul ponticello de Liza Kerob, aiguisé et fébrile, narrent en pronfondeurs un mystérieux suspens.
Zone Crépusculaire
Puis, retrouver la lumière des poubelles en flamme, le choc des barricades, l’âcreté des bombes lacrymogènes. Décidément, Bienvenue dans la Twilight Zone.

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