COMPTE-RENDU – Place au Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam pour cette deuxième édition des Prem’s de la Philharmonie de Paris, avec un programme Beethoven-Prokofiev, deux œuvres aux antipodes l’une de l’autre.
Pour le meilleur et pour le pire. Les deux facettes de l’humanité ont été présentées aux mélomanes, et le contraste est saisissant. D’un côté, le Cinquième concerto pour piano de l’Allemand Ludwig van Beethoven, interprété par l’Islandais Víkingur Ólafsson et dirigé par le Finlandais Santtu-Matias Rouvali. Le tout joué par un orchestre néerlandais, composé de quelques violons italiens, dans une salle française, et devant un public international (sans parler de la musique russe qui viendra en seconde partie). Un assortiment de nationalités pour nous raconter le paradis. La beauté du concerto continue de charmer 215 ans plus tard un public attentif qui ne demande qu’à entendre ce que l’humanité sait faire de mieux. Gestes amples du chef et hilarité du pianiste, qui ne peut plus tenir sur son tabouret, la communion est forte.

Grand soleil et sagesse
Víkingur Ólafsson a choisi des tempi très rapides, pleins de fougue, qui laissèrent échapper quelques sourires en coin chez les cordes au moment d’entamer le dernier mouvement (ça va tricoter). Une décision que certains regretteront par moments (même le pianiste), car Ludwig a quand même écrit beaucoup de notes ! Une interprétation pleine d’impact, incisive, laissant de côté parfois la chaleur du phrasé et la limpidité du génie. L’Islandais saura revenir aux fondamentaux lors de ses deux bis imposés par les acclamations du public. Rien de mieux qu’un Bach pour vérifier son chemin. Apaisée, l’audience s’en va pour l’entracte, sans doute regarder les étoiles et vanter les bienfaits de l’humanité.
Et l’orage gronde
Changement de ton pour la deuxième partie, avec la Cinquième Symphonie de Sergueï Prokofiev. C’est l’autre versant de l’humanité qui s’offre à nous, et ce n’est pas beau à voir. Écrite en pleine guerre (1944-1945), cette symphonie dépeint la haine, le combat, la laideur de la souffrance. Prokofiev et son style si particulier étonnent. Son goût du bizarre, du sale, dépeint l’humanité guerrière, fourbe et violente. Santtu-Matias Rouvali a laissé son sourire en coulisses, et ordonne les coups de feu avec une baguette tranchante. La technique exceptionnelle du finlandais lui permet d’obtenir de chacun le maximum, tel un général sur son fidèle destrier. Une direction acérée, des bombes qui éclatent, des mélodies nauséabondes qui serpentent : Prokofiev rappelle à tous une grosse tare de l’humanité, son goût pour la guerre. Tout est chaos, Beethoven ne se fait plus entendre, tout doit être reconstruit.
Le public n’a pas esquissé le moindre applaudissement entre les mouvements, preuve que les Prem’s et la station debout en fosse n’entament en rien l’exigence et l’éducation des spectateurs, bien au contraire. En guise de récompense, l’orchestre offre un rare bis avec la Valse triste de Sibelius, dont le maestro Rouvali déroule une expertise remarquable, avec un orchestre qui adhère à lui comme formant une seule entité. Des nuances pianissimo extrêmes, un rubato particulièrement fluide et un caractère signé, permettent de redonner le sourire. Beethoven nous revient en mémoire, le paradis du concerto nous appelle de nouveau. La lumière au bout du tunnel ?
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Photo de Une : Víkingur Ólafsson © Ari Magg


Tout à fait d’accord ! Grosse déception avec le concerto de Beethoven. Bilingue semblait avoir un train à prendre. Wilhelm Kempff,reviens !