AccueilA la UneMarcin Wasilewski Trio, fusions à Venise

Marcin Wasilewski Trio, fusions à Venise

COMPTE-RENDU – Au Venezia Jazz Festival, le Marcin Wasilewski Trio fait de la liberté musicale un véritable exercice d’écoute collective. Dans les Sale Apollinee du Teatro La Fenice, piano, contrebasse et batterie se répondent avec une complicité remarquable, entre élans spontanés et équilibre maîtrisé.

Pas besoin d’artifices quand la musique suffit

Sur scène, l’histoire commune qui se déploie depuis 1990 pour ce trio se ressent dans leur manière d’interagir musicalement. Les trois musiciens entrent, prennent place derrière leurs instruments et commencent à jouer. Le concert se construit entièrement dans la musique, sans chercher à impressionner par autre chose que ce qui se passe entre eux.

Le pianiste annonce brièvement que la plupart des morceaux entendus sont ses compositions et qu’ils figureront sur un prochain album, attendu l’année suivante. Le programme dévoile une palette d’atmosphères particulièrement variée, alternant couleurs, rythmes et climats. Certains passages semblent momentanément suspendre les repères, avant que les trois musiciens ne retrouvent une pulsation commune. L’équilibre se construit et se reconstruit constamment, au fil de la musique.

Se fondre dans son instrument

Cette liberté passe d’abord par la relation presque physique que chacun entretient avec son instrument. Marcin Wasilewski joue parfois les yeux fermés, entièrement absorbé par la musique, tandis que sa jambe accompagne les mouvements du rythme. Sławomir Kurkiewicz paraît presque danser avec sa contrebasse, comme s’il cherchait à ne faire qu’un avec elle. À ce stade, on se demande presque qui mène la danse : le musicien ou son instrument. Quant à Michał Miśkiewicz, il dépasse largement le rôle d’accompagnateur rythmique : sa batterie devient une véritable palette de timbres, de couleurs et d’effets.

Mais cette immersion individuelle ne conduit jamais à l’isolement. Les regards circulent, les gestes se répondent et les entrées s’enchaînent avec une précision remarquable. Les changements de tempo, les ruptures et les variations d’atmosphère reposent sur une écoute constante. Chacun semble libre d’explorer sa propre voie, tout en restant attentif aux deux autres. La musique oscille ainsi entre liberté expressive et construction collective, entre l’impression d’un instant qui se crée sous nos yeux et celle d’un équilibre parfaitement maîtrisé.

Une complicité qui emporte la salle

Toute l’attention des trois musiciens semble tournée vers la musique et vers ce dialogue permanent. Pourtant, cette concentration n’exclut nullement le public. Au contraire, en laissant la place à cette écoute mutuelle, le trio finit par entraîner la salle dans son propre mouvement. L’accueil enthousiaste réservé aux artistes en témoigne, jusqu’au bis offert en fin de concert.

Le Marcin Wasilewski Trio convainc ainsi sans artifices ni démonstration superflue. La force du concert tient à cette capacité à conjuguer liberté individuelle et écoute collective, dans une musique qui semble constamment se réinventer sans jamais perdre son équilibre.

À Lire également : Une (musique de) chambre à Venise, pour Clémence de Grandval
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