Danseurs chorégraphes à Bastille

DANSE – A l’Amphithéâtre Olivier Messiaen, au sous-sol de l’Opéra Bastille, quelques danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris ont de nouveau carte blanche pour créer une courte chorégraphie le temps de quatre soirées.

Relancée en 2024, à l’initiative de José Martinez, « Danseurs Chorégraphes » offre un terrain d’expérimentation à certains danseurs de la compagnie dans un format intimiste, propice aux prises de risque. Une occasion rare de découvrir ces jeunes talents autrement. 

Tout n’est pas d’égale intensité dans cette nouvelle édition. Mais la soirée s’ouvre et se referme avec la magnifique Adèle Belem. Elle signe d’abord la chorégraphie de Cathexis, un duo passionné avec Milo Avêque, où deux corps s’attirent et se repoussent avec une sensualité assumée, parfois violente. On songe parfois aux pas de deux du Parc de Preljocaj, tant l’alchimie entre eux est palpable. Adèle Belem y est tout simplement magnétique. Elle revient ensuite en figure hiératique dans Cachez ce sein de Charlotte Ranson, madone immobile portée par six silhouettes encapuchonnées de violet qui évoquent le Ku Klux Klan. L’image, frontale et presque pop, frappe au moment où elle se déshabille. Et tous les costumes tombent, laissant apparaître des T-shirts blancs et pantalons orange vif : l’énergie devient électrique. Comme un clip chorégraphié : c’est spectaculaire, parfaitement synchronisé, et la salle adhère complètement à ce final.

Du souffle à la folie 

Entre ces deux pièces qui encadrent la soirée, il y a du bon et du moins bon. On retiendra notamment le diptyque Oxygen / Delirium de Manuel Garrido, qui s’impose comme une belle surprise avec un univers déjà bien identifiable. D’abord une parenthèse méditative pour nous public : respiration guidée, yeux clos, puis apparition quasi féerique de Hortense Millet-Maurin, à l’allure de la fée clochette qui apparaît sur la scène comme une pensée lumineuse. Puis la seconde partie bascule vers une écriture plus fragmentée : maillots de bain psychédéliques, perruques de « Crazy Girls », mouvements convulsifs. Cinq danseuses semblent traversées par des ondes parasites, l’écriture devient nerveuse, presque violente. Garrido assume la théâtralité, joue des contrastes et confirme un sens aigu de la danse de groupe. 

De l’équilibre à l’émotion

Un autre moment fort de la soirée est Le Soldat de plomb inspiré du conte de Hans Christian Andersen. Maxime Thomas choisit la voie de la danse pour aborder la question du handicap avec beaucoup de finesse. Aux côtés d’une danseuse invitée ayant une seule jambe, l’équilibre devient enjeu dramatique, métaphore et prouesse réelle. Rien de larmoyant, rien de démonstratif : simplement deux corps qui cherchent leur propre centre de gravité. On sort de là un peu bouleversé.

Le soldat de plomb par Maxime Thomas © Benoîte Fanton – Opéra national de Paris

Du classicisme au deuil 

Avec Rythm Work I, Félicia Calazans reste du côté du vocabulaire académique très classique. À la barre d’abord, puis dans un pas de deux avec Bianca Scudamore et Keita Bellali, la danse suit scrupuleusement la musique. C’est simple et efficace. Peut-être trop classique pour marquer durablement les esprits, mais la maîtrise technique est indéniable. Et puis on ne se lasse jamais de voir Bianca Scudamore, l’une des danseuses les plus prometteuses de la compagnie.

À jamais sans leurs yeux par Rubens Simon © Benoîte Fanton – Opéra national de Paris

À jamais sans leurs yeux de Rubens Simon installe une atmosphère de deuil. Plus minimaliste, la pièce touche par sa sobriété. Avec Ultra, Yvon Demol préfère l’onirique : deux femmes (Apolline Anquetil et Naïs Duboscq magnifiques) en justaucorps chair et gants bleus se scrutent, se copient, se fondent l’une dans l’autre. L’effet est presque hypnotique, troublant dans sa lente dérive identitaire.

Ultra par Yvon Demol © Benoîte Fanton – Opéra national de Paris

Alors verdict ? Une soirée fort sympathique et intense avec un public de balletomanes, d’étoiles et de quelques people. À cette distance des danseurs, on voit leurs diaphragmes se contracter, leurs regards balayer la salle, leur sueur perler. Une proximité rare — celle que goûtent d’ordinaire les mécènes au premier rang. Et encore il y a toujours la musique. Bref, Danseurs chorégraphes confirme en tout cas la vitalité et le talent des jeunes danseurs de l’opéra. Ces petites pièces inégales mais toujours sincères, leur permettent de s’essayer à la chorégraphie et nous de mieux connaître quelques talents à suivre dans ce domaine. 

A Lire également : Elles Disent, à la Villette - on en reparlera !

Photo de Une Cathexis par Adèle Belem © Benoîte Fanton – Opéra national de Paris

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