DANSE – Entre les murs noirs du KLAP – Maison pour la danse à Marseille, entaillés de coupes d’aération et de systèmes son, avait lieu Motor Unit : un diptyque de Sati Veyrunes sur la base de Voice of Power (2023) d’Adrienn Hód et de Manual of Melody (2002) d’Erna Ómarsdóttir. La scène ressemble à l’intérieur d’une tour d’ordinateur. Ou à une boîte de Schrödinger : on ne sait pas encore ce qui est vivant là-dedans.
999 999
Sati Veyrunes s’exécute dans la récitation presque cérémonieuse d’un rebours depuis 999 999. Chaque pas devient information, chaque élan un bit. Sauf que sous la lumière blanche de laboratoire, rien ne tient dans une combinaison de 0 et de 1 : il y a toujours un résidu que le calcul ne capture pas. C’est l’angle mort d’un langage informatique impossible, et c’est précisément là que la pièce loge.
Please wait patiently
Le discours sur l’interprétation devient une question de métabolique humaine et artificielle. Qui performe sans relâche jusqu’au glitch, qui se concentre, crie, s’énerve. Motor Unit désigne l’ensemble formé par un neurone moteur et les fibres musculaires qu’il innerve, autrement dit, ce qui précède la décision d’une fraction de seconde. Là, vitalis !
À la manière de John Cage, la partition devient protocole plutôt que forme. Il faut réciter sans fautes, occuper l’espace, courir, rebondir, s’auto-stimuler jusqu’à ce que les mots ne soient plus que flux compact. Quand le système flanche, Veyrunes revient à son seul centre d’assistance disponible : le public. Comme dans Hope Hunt d’Oona Doherty, la compassion arrive par l’accident.
Ce collapse renvoie à cette erreur de traduction virale citée par Anna Greenspan dans Machine Decision Is Not Final, adressée à des utilisateurs en Chine en 2022 : « please wait patiently for the failure of the system ».
Sélection naturelle
IBM 1401, A User’s Manual de Jóhann Jóhannsson, requiem informatique, accompagne la deuxième partie. Une silhouette émerge de l’inertie, tente la station bipède, bascule vers des schémas de confrontation comme si la violence précédait toute existence.
La boîte s’est ouverte : ce qu’on y trouve n’est ni mort ni vivant, mais quelque chose qui apprend à danser avant de marcher.
La programmation se dispense de la douceur, de la candeur et des principes de gravité pour traverser l’espace par une gestuelle de combat. La chute n’efface rien, elle ramène simplement la trajectoire à son minimum, avant une extinction progressive.
La boîte se referme. L’état reste indéterminé.
Photo de Une : CC BY 4.0 Belbury

