AccueilA la UneTosKaamelott avec Kaufmann 

TosKaamelott avec Kaufmann 

OPÉRA – Improbable présence de Léodagan et Séli de Carmélide à la sortie d’une représentation de Tosca avec Saioa Hernández, Jonas Kaufmann et Ludovic Tézier à l’Opéra Bastille, dirigée par Oksana Lyniv, et leur plus improbable rencontre avec le chevalier Bohort, lequel, après avoir “goûté à ce moment lyrique d’une intensité presque dangereuse pour un cœur aussi sensible que le [s]ien” (sic), passait par là en quête d’air frais et, peut-être, qui sait, d’un peu de réconfort.

BOHORT : Mon très noble seigneur Léodagan ! Très vénérable Dame Séli ! Quelle inénarrable coïncidence que de vous croiser à la sortie de ce… de cette… représentation lyrique dont l’intensité m’a, je dois l’avouer, quelque peu bousculé les…

LEODAGAN : Ouais bah c’est que puisque personne ici n’est foutu de faire une critique qui tienne debout, je vais m’y coller. Pas par plaisir, hein, je vous l’dis tout de suite, mais parce qu’il y a des limites au foutage de gueule !

SELI : Et voilà, il a pas dit trois mots qu’il est déjà en train d’aboyer comme si le royaume entier lui avait volé son casse-croûte.

LEODAGAN : Eh allez. Vous êtes vraiment incapable d’écouter plus d’une demi-seconde sans rouspéter. J’vous jure, faut du courage parfois…

SELI : C’est sûr que pour écouter vos conneries, faut du courage. Et encore, même vos chevaliers préfèrent filer quand vous ramenez votre tronche des sales jours !

BOHORT : Et euh… vous, Très grâcieuse et maternelle Dame Séli, qu’avez-vous pensé de cette merveilleuse… que dis-je… de cette éblouissante scénographie de Pierre Audi qui…

LEODAGAN : Alors la mise en scène, c’est très simple : ils ont foutu une croix énorme au milieu, un truc qui prend la moitié du royaume et qu’on sait pas comment elle passe les portes. Premier acte : par terre, ça te coupe l’église en deux comme un coup de hache. Paf. D’un côté trois chaises et deux bougies qui se battent en duel, de l’autre une fresque pleine de nanas à moitié à poil autour d’une Marie-Madeleine qu’a pas l’air d’avoir froid.

Tosca par Pierre Audi (© Vincent Pontet / Opéra national de Paris)

SELI : Ah ça, c’est sûr qu’elle devait pas avoir chaud la gârce.

LEODAGAN : Bref. Au second acte, la croix est suspendue, là, au-dessus du bureau de Scarpia. Ouais, au-dessus. Comme si l’autre avait besoin d’un plafonnier de ce panache pour se sentir important. Résultat : c’est moche et tout le monde étouffe sous son ombre. Mais visiblement c’est fait pour. Ah ça c’est du subtil hein !

Tosca par Pierre Audi (© Vincent Pontet / Opéra national de Paris)

SELI : Et au dernier acte, elle flotte au-dessus d’un campement paumé, avec trois touffes d’herbe qui auraient pu remplir un dé à coudre.

LEODAGAN : Bilan, on a la croix en version déco, en version torture et en version “c’est pour la rédemption, mais on n’est pas bien sûrs”. Et pourquoi pas en récure-latrines tant qu’on y est ? Bref, elle fait tout sauf le café.

BOHORT : Oh vous êtes dur, Seigneur de Léodagan… Mais ne vous a-t-il pas semblé que les voix, elles, étaient d’une forme prodigieuse et étincelaient comme mille étoiles qui…

SELI : Bon, alors, la Tosca, là… Saioa Hernández. Écoutez, je vais pas vous mentir : elle envoie. C’est du lourd. Les aigus, on les entend jusqu’au royaume voisin, enfin bref. C’est généreux quoi. En voilà une qui fait le boulot. Et qu’on vienne pas me dire le contraire, parce que sinon je m’énerve !

LEODAGAN : Ah ça, c’est pas une mijaurée la dame, c’est vrai : elle vous plante un aigu, vous êtes sciés net. Ça gueule, ça pleure, ça fait la fière… Ça s’arrête jamais. Et ON-SE-FAIT-PAS-CHIER ! Voilà. C’est simple, c’est efficace.

SELI : Et l’autre, Scarpia, là… Ludovic Tézier qui s’appelle. Alors lui, y’a tout : le charme, la crapulerie, la voix torrentielle… C’est le beurre, l’argent du beurre et la crémière quoi. Et pis quand il part dans son Te Deum, je vous jure qu’il a l’air d’y croire ! C’est propre, c’est carré. J’aime.

LEODAGAN : C’est sûr qu’à choisir je l’engagerais bien pour remettre de l’ordre dans Kaamelott, ça nous changerait des guignols habituels… Lui ça sonne homme, ça sonne viril, pas comme d’autres…

SELI : Avec mon mari, on n’a pas le même avis sur le ténor. C’est-à-dire que j’ai raison et qu’il a tort, si vous voulez. Oui, Kaufmann tousse un peu dans les coins mais ça fait son charme. C’est comme un chaudron qui bouillonne encore. Pis c’est pas toi qui chanterait comme ça passé cinquante balais ! Il chante bien, voilà : il chante bien.

LEODAGAN : Ouais. Faudrait juste qu’il ouvre les volets, parce qu’on a l’impression qu’il répète dans un placard. Ça tient debout, peut-être… mais y’a pas de quoi casser trois pattes à un canard non plus…

SELI : Non mais écoutez-le, celui-là ! “Pas de quoi casser trois pattes à un canard”, mais fermez-la un peu ! C’est vrai quoi, dès qu’un homme a une voix pas comme une porte qui grince, monsieur fait la fine bouche !

LEODAGAN : Ah bah voilà, ça y est, on attaque ! J’dis juste qu’on comprend pas un broc à ce qu’il marmonne, c’est pas un crime. Vous appelez ça du charme, moi j’appelle ça du brouillard sonore.

SELI : C’est du velours ! Vous, si ça gueule pas comme un paysan qu’on écorche, vous êtes perdu. Le ténor, il nuance, il respire. Il vieillit bien, lui au moins !

LEODAGAN : Vieillir bien, vieillir bien… non mais ça va, oh ! C’est pas ma faute si sa gorge sonne comme s’il avait passé la nuit dans un fumoir !

SELI : Ah ça c’est sûr que vous vous y connaissez en gorge, on vous entend beugler jusqu’au donjon quand vous cherchez vos chaussettes ! Si vous aviez l’équivalent du quart de sa technique vocale en matière de pragmatisme vous les retrouveriez peut-être vos chaussettes !

LEODAGAN : Non mais c’est fini oui ? Dès qu’il force un peu, on dirait un barde enrhumé ! J’ai vu des sièges tenir mieux debout que ce ténor ! Pis bon, faut dire ce qui est : l’autre, Saioa, elle lui roule dessus comme un chariot blindé.

SELI : Bah oui, forcément, vous comparez toujours vos bœufs à vos chevaux. Moi j’vous dis qu’il tient le rôle, et joliment ! Et c’est pas donné à tout le monde !

LEODAGAN : Allez, c’est ça. Comme ça tout le monde est content, et je peux enfin me la fermer deux minutes.

SELI : Voilà, merci. Ça nous fera des vacances.

BOHORT : …Je vois que le spectacle ne vous a pas laissés indifférents, en tout cas. Il faut dire que la musique du barde Puccini est d’une telle puissance… c’était d’une telle intensité que j’ai craint de me sentir mal et que, brûlant d’ivresse, je suis sor-…

LEODAGAN : Alors moi j’vous l’dis, la cheffe, là, Oksana Lyniv… elle balançait des gestes techniques de haute volée. On aurait dit qu’elle faisait des moulinets pour attraper des sortilèges. J’étais bluffé. Et l’orchestre derrière, ça suivait comme un troupeau bien dressé.

KARADOC : Ouais enfin au début, ça manquait un peu de gras dans la musique, faut dire les choses. Pas assez de nerf, pas assez de charme… du bouillon clair, quoi. Mais après, quand ça s’est mis à remuer, là y avait du volume ! Des couches, de l’épaisseur, du croustillant même.

LEODAGAN (à Karadoc) : Mais qu’est-ce que vous foutez là vous ?

PERCEVAL : Ah, j’étais comme un fou, moi ! Les violons ils faisaient des fringolets inversés… j’suis pas sûr du terme mais ça vibrait dans tous les sens.

LEODAGAN (à Perceval) : Et vous ?

PERCEVAL : On était venus voir dès fois que le Graal il ne se trouverait pas ici. On a nos sources.

SELI : On n’est pas près de la trouver cette bon-sang d’écuelle !

KARADOC : Et les chœurs ! Alors eux, ils y sont allés franco. On aurait dit qu’ils chantaient en mettant la pression comme pour gonfler une outre. Ça sortait puissant, coloré, un sacré ragoût sonore. Conclusion : ça jouait, ça chantait, ça poussait… un vrai banquet musical. Manquait juste des saucisses pour faire « direction complète ».

PERCEVAL : Oui, et comme je vous disais : j’ai cru reconnaître le motif secret pour invoquer le Graal. Alors j’ai noté, mais j’ai perdu le papier.

KARADOC : Ouaip. Cela dit, ça manquait de sauce dans les cuivres, mais le final avait un vrai côté mijoté. À un moment j’ai cru sentir l’odeur d’une poularde, mais c’était juste un basson.

PERCEVAL : C’est pas faux.

À Lire également : faire une croix sur Tosca ?

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]