DANSE – Le Park Avenue Armory de New York invite le L.A. Dance Project de Benjamin Millepied avec Romeo & Juliet Suite. Entre vidéo et danse classique, cette ode nostalgique à l’histoire d’amour la plus célèbre impressionne sans vraiment convaincre.
Oh Roméo, pourquoi es-tu Roméo ?
Dans ce Roméo et Juliette, le danseur et chorégraphe français Benjamin Millepied, dorénavant installé à Los Angeles, s’attaque à la pièce de Shakespeare et à son couple malheureux dans une version que l’on pourrait qualifier de kaléidoscopique. En installant à la fois une scène montée au cœur du vaste volume du Park Avenue Armory et un caméraman sur scène ou dans les coulisses, il dédouble l’histoire entre ce qui se passe devant les yeux des spectateurs et ce qui se passe de manière détournée, dans les autres pièces du bâtiment, dans les cintres de la cage de scène ou sur les côtés.
On retrouve ici bien la musique de Prokofiev et la traditionnelle division entre Capulet et Montaigu, ainsi que les principaux personnages de la tragédie, bien que Benjamin Millepied en souligne la dimension humaine, représentant les égos de ces personnages comme autant de facettes reflétant (sur scène, dans les miroirs hors scène, ou encore sur l’écran géant) une histoire vieille comme Pyrame et Thisbé, mythe greco-romain ayant inspiré Shakespeare pour sa tragédie (c’est vous dire si ça remonte !).
Et puis en-Suite ?
En investissant dans une jolie performance technique et visuelle, qui rend hommage au cinéma et au film de danse, Benjamin Millepied laisse pourtant des détails un peu vus (et revus), ou plutôt à revoir. Pour l’occasion, Roméo et Juliette ont des interprètes qui changent à chaque performance, proposant des couples aux genres variables, et interprétés ce soir par David Adrian Freeland Jr. et Morgan Lugo, tous deux excellents. Mais en conservant les genres originaux des personnages secondaires – dont on note par ailleurs la très jolie performance de Shu Kinouchi en Mercutio –, Millepied manque un peu le coche de l’inclusivité, et par là d’une originalité qui peine à venir.
Roméo et Juliette est l’un des thèmes les plus connus du répertoire de danse comme du cinéma, et Benjamin Millepied semble ici tomber dans les pièges de l’hommage ou du contre-hommage. Il est difficile de ne pas reconnaître les références ou les moments de comparaison qui abondent, à l’image de la scène des chevaliers tirée du ballet de Kenneth MacMillan, ou encore les échafaudages de West Side Story. Clins d’œil ou redites ?
Ni Montaigu, ni Capulet
Si l’on voudrait bien trouver un peu de légèreté à ce ballet, dans les mouvements délicats ou dans certains détails techniques amusants, comme le faux coutelas avec lequel les combats sont faits, qui ressemble davantage à une mauvaise plaisanterie qu’à un événement grave, on reste aussi un peu sur notre faim. En dépit des belles qualités des danseurs, le mélange des genres prend peu, et lorsque la soirée se termine, on rêve autant à un spectacle plus dansé que filmé qu’à une fin heureuse. Mais ce n’est pas toujours une question de danse ou de cinéma, Roméo et Juliette est avant tout l’histoire d’un amour impossible, offrant une grande variété d’interprétations possibles.
Bref, c’est comme il vous plaira ! Quant à nous, nous ne voulons plus tenir la chandelle.
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