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Les Quatre Saisons à Aix-en-Provence : naviguer ou bâtir, pourquoi choisir ?

COMPTE-RENDU – Au Grand Théâtre de Provence, le Wiener Concert-Verein, dirigé au violon par son Konzertmeister Franz Michael Fischer, accompagne le jeune et décoiffant violoniste Timothy Chooi dans un programme éclectique pour ensemble de cordes et soliste, oscillant entre musique pure et descriptive.

Le programme donne le « chant » libre à deux tentations compositionnelles : évoquer par la musique autre chose que la musique (un navire par exemple), ou viser son absolue autonomie, formelle et expressive par une savante construction. Bref, ériger des aqueducs.

Une grande arche musicale

Dans Les Quatre Saisons de Vivaldi, œuvre qui fait figure de proue à ce compositeur d’une notoriété massive, les cordes rutilent d’un même éclat, presque futuriste. Les archets sont des rames fines et véloces de bateliers, au chant sonore et vibré, au balancement équilibré entre deux eaux. Beauté mystérieuse de la lagune, vaisseau sonore dominé par l’énergie lumineuse du soliste. Il développe, en Doge éclairé, une gestuelle souple et mobile, ajustée à sa saison : léger balancement du corps et lever de talon pour les saisons chaudes, lever de pointe des pieds et posture de cavalier sagittaire pour les froides. Son jeu se sert de la virtuosité comme d’une boîte de Pandore d’où s’échappent des objets sonores non identifiés : trilles qui atteignent le seuil de l’audible, harmoniques aiguës qui se placent sur le dos de la note, legati serrés ou étirés.

Tandis que cette arche formidable roule sur le flot de la soirée, l’orchestre l’accompagne avec des pizzicati sourds ou sonores, des attaques amorties ou incisives. Le frottement de l’archet se donne comme un paramètre musical à part entière. Les Scènes des Highlands écossais de Sir Granville Bantock, pour ensemble seul, sont évocatrices. La captation d’un matériau folklorique, danses et cornemuses, pourrait servir de bande-son à un long-métrage. Pourtant, à la manière des grands compositeurs baroques, un fugato, fièrement affirmé, fait un clin d’œil à la musique « pure ».

Moins de murs, plus de ponts

L’autre pôle est celui de l’architecture musicale, organisation d’un espace d’écriture. Les musiciens, aux archets encore plus étroitement réunis, encastrent avec précision motifs, textures et séquences formelles, tel un grand Lego sonore se construisant pièce à pièce. Des ponts se forment entre les différents registres qui se répondent en donnant une même couleur et un même phrasé à leurs lignes. Paradoxalement, les pièces de Kreisler prolongent cette approche formelle, celle d’une conversation intime organisée. Par la conduite du phrasé, la ligne s’entend comme une voix parlée-chantée, un Sprechgesang de salon, avec ses inflexions abstraites, chaudes ou métalliques, en fonction du moment. Ce même jeu de sonorités inouïes, appliqué à Vivaldi, donne sens à la relecture moderne de la soirée. Les murs s’effondrent et les époques se rencontrent.

La direction de Fischer est discrète. Il ne se « déhanche » pas comme un premier violon, car l’écoute collective est constante. Chaque musicien semble pousser et tirer l’archet de tous les autres. Le soliste respire librement tout en se lovant dans l’ensemble. Grâce à cette cohésion, les deux pôles ne se repoussent pas : leur tension donne une densité particulière à l’écoute. Une passerelle salutaire nous ramenant sur la terre ferme !

Demandez le programme :
  • Edvard Grieg – Suite pour cordes « Du temps de Holberg »
  • Antonio Vivaldi – Les Quatre Saisons
  • Sir Granville Bantock – Scènes des Highlands écossais
  • Fritz Kreisler – Liebesfreud (Plaisir d’amour) et Liebesleid (Chagrin d’amour), extraits de Vieux airs de danse viennois, Tambourin chinois 
À Lire également : Insula orchestra invite Le Consort, Bach et Vivaldi sur une île enchantée

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