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Des bélugas en chœur aux forêts enchanteresses

CONCERT – L’Orchestre national de Bretagne convie deux farfadets à leur concert augmenté (avec cocktail et dîner) : une soirée de gala intitulée « murmures de la forêt », à Rennes. La preuve par deux qu’un avis sur une œuvre dépend de l’oreille qui l’entend !

Till, le farfadet facétieux venu des jardins de Thiré en Vendée, partage une complicité joyeuse avec son cousin breton, Gradlon le korrigan. Gradlon, membre engagé du WWF Breizh, se distingue par sa passion pour la nature et sa détermination à défendre l’environnement. Leur lien familial est teinté de respect mutuel et d’une curiosité commune pour la musique et les mystères de la forêt. Alors ils ont tout naturellement répondu présent pour assister au concert de l’Orchestre National de Bretagne intitulé « Murmures de la forêt ».

Arrivée au concert, ambiance

Lorsque Till et Gradlon franchissent les portes du couvent des Jacobins à Rennes, une atmosphère particulière les attend. La salle, baignée dans une lumière tamisée pouvant évoquer les sous-bois, est animée par le bavardage incessant du public impatient etl’orchestre déjà présent sur scène, s’échauffant dans une joyeuse cacophonie. Quel milieu hostile pour nos deux invités habitués à la sérénité de leur forêt ! Heureusement, l’arrivée du chef d’orchestre Nicolas Ellis rétablit rapidement l’ordre, et le silence s’installe aussitôt. Tousser devient même interdit : le chef reportera le départ de l’oiseau de feu à deux reprises, visiblement agacé et s’adressant avec un humour sarcastique aux fauteurs de trouble.

Première partie : Murmures du violoncelle

Dès les premières notes, Till et Gradlon sont transportés dans un univers mystérieux, celui des légendes sylvestres. L’œuvre de Wagner « murmures de la forêt », résonne comme une incantation : elle fait vibrer le souvenir des bois obscurs, peuplés de créatures magiques. La tension palpitante des cordes, le discours clair, évocateur du pupitre des bois plongent le public dans une écoute attentive et savoureuse.

Exalté par la richesse des timbres de l’orchestre symphonique, Till s’imagine bien dans la peau du héros Siegfried. Gradlon trouve cependant l’interprétation un peu trop conventionnelle et aurait préféré plus de frémissements dans les cordes introduisant l’œuvre pour refléter davantage l’éveil et l’esprit mystérieux de la forêt.

La violoncelliste Olivia Gay apparaît sur scène, auréolée d’une lumière douce. Ambassadrice de l’Office National des Forêts, elle incarne avec sensibilité la cause de la préservation des espaces sauvages. Dans « Im Walde » du compositeur hongrois David Popper, chaque mouvement d’archet semble raconter le bruissement des feuilles ou la fragilité des arbres. Till et Gradlon bougent au rythme de la danse des gnomes, répondant aux attaques précises de l’archet de la violoncelliste, tourbillonnent avec entrain lors d’une ronde menée d’une main de maître par le chef d’orchestre ou se laissent toucher par le ton nostalgique du chant du violoncelle, discrètement soutenu par les pizzicati des cordes. En guise de cadeau, Olivia Gay, complice, offre aux deux lutins une danse des elfes où elle démontre une virtuosité technique remarquable, toujours teintée d’une grande finesse. Les ailes vibrent et les farfadets tressautent de joie.

Olivia Gay – © Laurent Guizard
Entracte : cocktail

À l’entracte, l’école Ferrandi Paris-Campus de Rennes propose un cocktail raffiné, où les saveurs fraîches et iodées rappellent les landes bretonnes. L’ambiance se fait festive ; les discussions s’animent autour des initiatives artistiques et des enjeux environnementaux. Depuis 2018, l’ONB crée des œuvres symphoniques pour sensibiliser son public à l’écologie. Ainsi, une partie des recettes de ce spectacle soutiendra ses projets artistiques et ses actions de médiation en faveur de la transition écologique, dans une démarche culturelle engagée.

Nicolas Ellis – © Laurent Guizard
Seconde partie : Bélugas et volatiles

Lorsque retentissent les étranges mélodies du « Chœur des Bélugas » composé par Claudie Bertounesque (canadienne comme Nicolas Ellis), mêlant chants de baleines et voix d’enfants, les réactions divergent. Till, d’un tempérament conservateur, reste perplexe face à ces sonorités inhabituelles qui bousculent ses habitudes, lui qui n’a jamais vu la mer et ignore l’existence de la faune marine. Gradlon, plus audacieux, voit dans cette symphonie marine un symbole d’espoir et la juste expression de la fragilité du vivant. Couleurs musicales traditionnelles et sons électroacoustiques fusionnent, mêlés au chant des enfants de la Maitrise de Bretagne pour plonger au large de la célèbre voie maritime canadienne, le Saint-Laurent.

© Laurent Guizard

Avec « l’Oiseau de feu » de Stravinsky, menée avec fougue par les musiciens de l’orchestre, la salle s’enflamme. Till, passionné de musique baroque mais peu familier de l’orchestre symphonique, est émerveillé par la richesse des couleurs orchestrales et découvre des instruments qu’il ne connaissait pas, notamment dans le pupitre des percussions bien mis en valeur. Enthousiasmé par cette interprétation, il se surprend à rêver d’un oiseau extraordinaire qui apparaîtrait dans ses jardins, s’éveillant lentement jusqu’à une apothéose sensorielle pour le sacre du printemps. Gradlon, quant à lui, connaissant déjà l’œuvre, apprécie la lecture proposée par le chef, notamment la liberté prise avec les tempi ou avec les nuances pour des effets saisissants et contrastés. Tous deux vivent pleinement l’histoire du prince Ivan et du redoutable Kastcheï dans une forêt enchantée, se laissant porter tantôt par des rythmes puissants et incisifs dégageant une énergie intense, tantôt par des phrases musicales longues et aériennes qui équilibrent harmonieusement les dimensions chorégraphiques et symphoniques de l’œuvre. La fin du concert célèbre avec éclat le triomphe des forces obscures et met en avant la capacité de l’environnement à résister.   

Soirée conviviale

La soirée se poursuit par un dîner gastronomique, imaginé par des chefs étoilés, où chaque plat célèbre la nature à travers des produits locaux et des associations subtiles. Cependant, nos deux compères, farfadets dans l’âme, préfèrent décliner cette invitation gourmande, car une fest-noz pour fêter la Saint-Patrick les attend ailleurs.

Epilogue

Au petit matin, Gradlon guide Till sur les côtes de la mer du Nord. Le vent salé fouette leur visage ; l’horizon s’ouvre sur une étendue argentée où les vagues chantent. Ensemble, ils scrutent les eaux à la recherche d’un béluga, espérant croiser la blancheur furtive de ce géant discret. Portés par leur bonheur et leur amitié, ils rêvent déjà de nouvelles aventures, promettant de rendre visite à Jojo Lafleur et à Tambouille, près du Saint-Laurent, au Canada.

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