COMPTE-RENDU – Dimanche 15 mars, dans la Salle Bourgie à Montréal. Le programme alterne des pages de Mahler et Schubert, interprétées par le baryton Andrè Schuen, accompagné par le pianiste Daniel Heide. Un beau duo prêt à prendre la route !
Andrè Schuen est là, port noble, mains sur le volant, timbre lyrique immédiatement identifiable. Pourtant, on sent que la voix, elle, a besoin d’un peu de temps pour trouver ses marques, comme un moteur ayant besoin de temps avant de s’ébranler. Rien d’alarmant : c’est simplement le genre de voix qui s’apprivoise en public plutôt qu’en coulisses. Le voilà parti ! La portée est sonore, l’articulation nette, la mâchoire totalement libre. Les premières pages sont prometteuses, même si quelques graves cherchent encore leur précision et que les aigus, légèrement nasaux, tâtonnent leur chemin. Au piano, son co-pilote Daniel Heide installe d’emblée un écrin subtil et attentif, enroulant la voix avec soin dans les premiers lieder.
Un grand circuit romantique
Et puis (on ne sait pas exactement à quel moment, c’est là toute la magie) quelque chose se libère. Le voile du palais s’ouvre, la voix s’arrondit, et Schuen révèle ce qui justifiait d’attendre : une rondeur paradoxalement rugueuse, chaleureuse et légèrement abrasive, qui enrobe la salle comme un plaid un peu râpeux qu’on finit par ne plus vouloir quitter. Le bolide vocal ronronne et prend de l’assurance. C’est dans les nuances affirmées et les dynamiques généreuses que sa voix s’épanouit pleinement. Schubert lui va particulièrement bien : les basculements perpétuels entre majeur et mineur semblent lui fournir exactement le carburant émotionnel dont il a besoin. Il en joue avec une humilité juste, fluctuant entre les affects sans jamais surligner, négociant les virages avec brio !
Les as de la route
Heide, pendant ce temps, a lui aussi élargi sa palette : du solennel au franchement malicieux, comme si le piano apprenait en direct à accompagner une voix qui se découvrait elle-même. Un duo qui trace sa route à vue d’œil, et c’est beau à observer. Les dernières notes de la course instillent une atmosphère d’introspection collective, une vulnérabilité scénique rare qui résonne encore quand le silence retombe. Dans un ultime soupir commun, la salle retient son souffle tandis que le duo passe la ligne d’arrivée.
Puis les applaudissements éclatent, le public se lève pour une standing ovation. Le duo, visiblement emballé, offre un bis avant de couper le moteur et de s’éclipser. À l’instar des voitures, certaines voix ont besoin d’un peu de temps. Celle-là en valait chaque seconde.
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