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Manon Lescaut à Lyon : je t’aime, moi non plus

COMPTE-RENDU — Manon Lescaut de Puccini ouvre le Festival 2026 de l’Opéra de Lyon dans une spirituelle mise en scène signée Emma Dante. Dans le tourbillon des jupons du siècle de Louis XV, l’amour n’est pas de tout repos…

Pour la production de cette œuvre trop rare, Richard Brunel (directeur de l’Opéra de Lyon) a souhaité faire appel au duo de chanteurs Chiara Isotton / Riccardo Massi, qui s’est illustré lors du Festival 2024 dans un autre ouvrage exigeant du compositeur, La Fille du Far West. Décidément, ces deux-là ne se quittent plus !

Des caractères bien trempés

Chiara Isotton possède les qualités principales pour incarner vocalement une Manon de fière allure. La voix apparaît puissante, riche en harmoniques, quoiqu’un peu plus dure au niveau de l’aigu désormais. La nuance fait défaut cependant, celle qui permet de percevoir toutes les composantes et les contradictions de cette jeune fille écartelée entre sa passion pour Des Grieux et sa volonté de réussite et de richesse. Son interprétation de son air sublime à l’acte 4 « Sola, perduta, abbandonata » émeut à juste titre avec ces accents et une belle déclamation, mais sans atteindre la plénitude de certains interprètes qui marquèrent antérieurement le rôle comme Renata Scotto, question de tempérament !

Manon Lescaut par Emma Dante à l’Opera de Lyon © Jean-Louis Fernandez

À ses côtés, Riccardo Massi attaque le rôle de Des Grieux avec assurance, d’une voix pleine d’éclat et de fougue, débordant à plusieurs moments sa partie avec des risques d’intonations pas toujours aussi précises qu’attendues (jusqu’où le conduira sa passion ?). Le personnage existe, passionné et prêt à tout pardonner. L’aigu se déploie avec aisance et assurance. Mais comme sa partenaire, la notion de nuances lui échappe quelque peu. Ils s’aiment trop, ou pas assez ?

Manon Lescaut par Emma Dante à l’Opera de Lyon © Jean-Louis Fernandez

Du rôle un peu ingrat de Lescaut, Jérôme Boutillier s’échappe pour créer un personnage plein de panache, hâbleur et manipulateur certes, mais surtout plein de vie et au charme indicible. La voix est belle, habilement conduite avec panache. Celui-là est à surveiller de près, car il sait profiter de la maladresse des tourtereaux !

Manon Lescaut par Emma Dante à l’Opera de Lyon © Jean-Louis Fernandez
Quand amour et discours ne font pas bon ménage…

Emma Dante a conçu un spectacle qui cherche manifestement à s’attaquer aux discriminations envers les femmes. Mais au fil de la représentation, son propos se noie dans une débauche de couleurs, de personnages secondaires, de déplacements intempestifs qui, au sein d’un décor unique, le relèguent au second plan, au moins sur les trois premiers actes. Puis, le dépouillement succède à ces débordements au 4ᵉ acte, pour revenir enfin à l’essentiel, le couple formé par Manon et Des Grieux. L’émotion peut alors surgir et forger les ressorts de ce duo au départ improbable, malgré la mort imminente de l’héroïne et le désespoir éperdu du Chevalier. Cet abbé Prévost nous tire encore une larme, près de trois siècles après !

Manon Lescaut par Emma Dante à l’Opera de Lyon © Jean-Louis Fernandez
L’orchestre : le lit du couple ?

Préparés par ses chefs Benedict Kearns et Guillaume Rault, les Chœurs de l’Opéra de Lyon s’illustrent une fois encore par leur vaillance et leur musicalité. Le chef italien Sesto Quatrini démarre le premier acte sur les chapeaux de roues, avant de revenir à une approche plus classique voire festive quand il le faut, visant la qualité et l’expressivité d’ensemble. Le fameux intermède symphonique qui ouvre l’acte 3 est interprété sous sa baguette par l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, particulièrement inspiré. Un véritable oreiller pour nos amants !

Manon Lescaut par Emma Dante à l’Opera de Lyon © Jean-Louis Fernandez

Le public lyonnais a aimé cette production qui possède d’incontestables qualités musicales, tandis qu’on ne se lasse pas de cette histoire tour à tour drôle, triste et rocambolesque. Ce petit couple aura beau faire, l’amour triomphe toujours !

À Lire également : le compte-rendu Ôlyrix, et 6 choses à retenir de la saison 25-26 de l’Opéra de Lyon
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