COMPTE-RENDU — Une soliste de renom, un orchestre et un chef de prestige en la personne d’Iván Fischer, un répertoire majestueux : tout est une nouvelle fois réuni, au Menuhin Festival Gstaad, pour vivre une soirée plus qu’à la hauteur.
Le bonheur est le même, ici, chaque été : retrouver le must de la musique instrumentale et lyrique, pour des concerts qui finissent souvent par donner le frisson. Des concerts qui, cette année, se déroulent même pour certains au cœur des montagnes, avec un concept inédit de randonnées, conclues par un petit show de brass band ou de formations de poche. Et l’une des grandes soirées de cette édition 2026 sous la tente du Menuhin Festival Gstaad n’est pas de nature à faire exception. Car il y a du beau monde à l’affiche, à commencer par le chef Iván Fischer et son « bébé », qu’il a bien fait grandir depuis sa naissance, il y a plus de quarante ans : le Budapest Festival Orchestra. Mais il y a aussi la jeune pianiste Isata Kanneh-Mason, qui n’est pas que la sœur d’un certain Sheku, violoncelliste déjà grand, mais bien une étoile montante du piano. De jolis noms sur scène donc, mais aussi sur les partitions. Sont en effet programmés le fameux et si impitoyable Troisième Concerto pour piano de Rachmaninov, et la Première Symphonie de Mahler, qui ne fut pas par hasard affublée du nom de « Titan ».
Challenge accepté !
Dur labeur en perspective pour un orchestre et une jeune soliste qui, en guise d’apéritif, jouent une version orchestrale de la fameuse Vocalise de Rachmaninov (dont les violonistes viennent dire tout le lyrisme en s’avançant jusque dans les premiers rangs du public). Puis place au « Rach 3 » donc, ce grand concerto composé en 1909 à l’attention d’un certain Josef Hofmann, lequel a refusé de le jouer, le trouvant trop ardu. Mais, comme Horowitz en son temps, Isata Kanneh-Mason ne recule pas face à l’épreuve.
Et à l’heure de s’exposer en mondovision (ou presque), sans chercher à se compliquer la tâche ni à adopter un tempo démesuré, la pianiste parvient à extraire de son instrument toute la sève mélodique attendue, ce propos « rachmaninovien », cette mélancolie profonde et puis ces sursauts de félicité. Un Allegro chantant avec une cadence jouée avec fermeté et personnalité, un Adagio aux crescendos et au maestoso marqués, puis un Finale à la rythmique prudente mais néanmoins emballante : voilà, assurément, une performance accomplie.
Battements titanesques
Mais si le public ressent alors tant d’ardeur, cela tient aussi à la phalange majestueusement conduite par le Mister Fischer. Il y a ces tempi, ces nuances, ces couleurs, déjà si prononcés chez Rachmaninov. Mais il y a ce bouillonnement, surtout, cette fièvre sonore, chez Mahler dont la Première symphonie se fait ici des plus titanesques. Car tous les pupitres sont au diapason pour décrire avec des manières d’ingénieurs du beau son chacune des ambiances qui se succèdent : lente et mystérieuse, bucolique, orageuse, rêveuse et, bien sûr, funèbre, dans un troisième mouvement où la timbale et une contrebasse aux pas d’éléphants cèdent la parole à des cuivres et des bois dansants avant que cordes et flûtes, d’un même élan, ne fassent souffler un vent de fraîcheur annonçant bientôt l’orage. Ce Mahler joue au yoyo avec notre rythme cardiaque !
Là, sous la baguette énergique et les bras élastiques d’Iván Fischer, c’est un orchestre comme un seul et éloquent narrateur qui se dresse face à un public captif, comme magnétisé. Et ce jusque dans les ultimes mesures d’un final fastueux, certes pas des plus rapides mais certainement grandiose, avec les cors debout, les cordes faisant chauffer les crins, les timbales et cymbales retentissantes. Une dose de folle et intense musique que le public aime consommer sans modération.
Aussi, face à tant de ferveur, c’est une ovation tout aussi sonore qui vient applaudir la jeune pianiste et le Budapest Festival Orchestra qui, avec Maestro Fischer, aura donné à tous du baume au cœur.
À Lire également : Alerte à Verbier, un ovni « Debargue » !

