COMPTE-RENDU – À l’occasion du Festival de Quatuors du Luberon, le Quatuor Elmire interprète les deux premiers quatuors du cycle Razoumovsky (op. 59) à l’église Saint-Sébastien de Goult.
Quand Claudel s’invite dans la nef
Il y a des concerts qui s’annoncent comme de simples soirées musicales, et d’autres qui, sans prévenir, prennent presque des allures de retraite spirituelle. Installé dans l’église Saint-Sébastien, le public s’est retrouvé plongé dans une atmosphère si recueillie que les quatuors Razoumovsky semblaient presque avoir été composés pour ce décor, ce qui, à en croire Paul Claudel (cité malicieusement par le compositeur Rodolphe Bruneau-Boulmier en introduction), n’aurait pas été une mauvaise idée pour convertir quelques âmes hésitantes.
Elmire, cardinaux du pèlerinage beethovénien
Le Quatuor Elmire, qui connaît ces œuvres comme d’autres connaissent leurs prières du soir, pour les avoir enregistrés intégralement dans leur premier album « Beyond the Limits » s’est chargé de guider l’assemblée dans les septième et huitième quatuors, séparés par un entracte.
Une discipline quasi monastique au service de Beethoven
La cohésion du quatuor formé par les violonistes David Petrlik et Yoan Brakha, l’altiste Hortense Fourrier et le violoncelliste Rémi Carlon, tient moins du miracle que d’une discipline collective assumée. Les regards circulent peu, les partitions sont scrutées avec une concentration quasi monastique, mais la coordination demeure impeccable : les thèmes respirent, se déploient, s’enflamment ou s’apaisent en suivant le pouls de l’écriture beethovénienne. Les atmosphères, finement ciselées, offrent un écrin aux solos qui émergent comme des voix intérieures. La richesse des vibrations est parfois très audible, notamment celles du violoncelle, accentuées par l’acoustique du lieu. Les attaques de David Petrlik et ses motifs d’aigus tantôt doucement virevoltants, tantôt plus tranchants, se démarquent avec netteté. Le travail des équilibres et des nuances fait pleinement ressortir les subtilités de la partition et le jeu particulier de chacun des instrumentistes tout en conservant pleinement l’élan naturel du mouvement. Le travail des harmonies contribue à la profondeur des mouvements lents. L’interprétation sert finalement les contrastes et l’ambivalence du style beethovenien oscillant entre gloire et obscurité, légèreté et solennité jusqu’à l’éclat final de chaque quatuor qui précède dans deux cas les applaudissements d’une brillance résolument optimiste.
Un public converti à l’enthousiasme
Le public, manifestement conquis par cette séance de méditation musicale, rappelle plusieurs fois les musiciens. En guise de bis, Yoan Brakha choisit la voie de la sagesse : plutôt que de rejouer, il invite l’auditoire à revenir le lendemain pour le dernier quatuor de l’opus, suite logique du pèlerinage…
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