COMPTE-RENDU – L’église Saint-Denis de Liège accueillait l’Ensemble Danguy dans le cadre du Festival Les Nuits de Septembre. Au programme : Les autres Quatre Saisons de Vivaldi pour vielles et musettes, une relecture historique et singulière imaginée au XVIIIᵉ siècle par Nicolas Chédeville.
Avec Tobie Miller à la vielle à roue et à la direction, l’ensemble proposait de redécouvrir une musique qui n’a cessé de changer d’identité. Entre trois concertos transposés et trois autres composés par Nicolas Chédeville en 1739 d’après Antonio Vivaldi, Les Quatre Saisons deviennent ainsi Les Saisons amusantes, la musique italienne rencontre la pastorale française, et la vielle comme la musette prennent la place des instruments auxquels on s’attendrait.
Tout était réuni pour un étrange jeu de masques.
Et puis les portes de l’église se sont ouvertes.
Saint-Denis devenait, le temps d’un après-midi, un espace de carnaval musical, discret et sans costumes, où les masques se cachaient dans les partitions.
Ici, Vivaldi allait changer de visage.
Dès les premières mesures du Printemps, quelque chose semblait familier et pourtant légèrement déplacé. La musique était bien celle de Vivaldi, mais elle avait changé de costume. Sous les doigts de Tobie Miller, la vielle baroque lui apportait une matière plus terrestre, plus granuleuse, presque tactile. Les musettes ajoutaient leurs couleurs pastorales et donnaient au paysage sonore une autre lumière.
Vivaldi était entré dans ce bal vêtu à la française.
C’était le premier masque.
Puis le jeu devenait plus audacieux. La Sonate n° 4 apparaissait sous le nom de Nicolas Chédeville, alors même que l’œuvre avait été publiée sous celui d’Antonio Vivaldi. Cette fois, c’était Chédeville qui portait le masque de Vivaldi. Le concert transformait ainsi une question historique en véritable jeu théâtral : qui est l’auteur, qui est le modèle, où s’arrête l’adaptation et où commence la création ?
Entre les masques, Tobie Miller réajustait sa vielle, comme pour accorder son instrument au visage suivant de Vivaldi.
Et le masque revenait avec L’Automne, arrangé par Chédeville. Même les saisons semblaient perdre leurs repères lorsqu’un Largo sempre piano – L’Hiver – surgissait au cœur de l’Automne.
À ce carnaval-là, même le calendrier avait changé de costume.
L’intérêt du concert était de ne jamais transformer cette histoire en simple démonstration érudite. La métamorphose s’entendait directement dans le jeu. La vielle de Tobie Miller, avec son grain et sa présence singulière, déplaçait le centre de gravité de la musique. Les musettes apportaient leurs couleurs pastorales, tandis que les échanges entre les instruments donnaient parfois l’impression que les personnages du bal se répondaient derrière leurs masques.
La musique de Vivaldi ne disparaissait jamais. Elle se transformait.
Et c’est peut-être là que résidait toute la curiosité de cette soirée : découvrir non pas un Vivaldi « différent », mais une musique capable de changer de pays, d’instrument, de style et même de nom tout en conservant quelque chose de son identité.
Le public de Saint-Denis a accompagné cette promenade avec une écoute attentive et chaleureuse. Les applaudissements généreux ont prolongé quelques instants l’atmosphère de cette étrange fête musicale. Rappelé par le public, l’ensemble revenait pour un bis avec un extrait de La Moisson de Vivaldi, dans l’arrangement de Chédeville.
Puis le carnaval s’est achevé.
Les portes de Saint-Denis allaient se refermer, mais les masques, eux, étaient restés dans la musique.
Nous étions venus écouter Vivaldi : nous avons découvert qu’une œuvre peut continuer à vivre en changeant de visage.
Demandez le programme :
- Antonio Vivaldi / arr. Nicolas Chédeville, Le Printemps
Allegro – Adagio – Pastorello: Allegro
(Extrait de Le Printemps, ou Les Saisons amusantes, Op. 8, 1739)
- Nicolas Chédeville / publié sous le nom d’Antonio Vivaldi, Sonate n° 4
Préludio (Largo) – Allegro ma non presto – Pastorale ad libitum – Allegro
(Extrait de Il Pastor Fido, Op. 13, 1737)
- Antonio Vivaldi / arr. Nicolas Chédeville, Les Plaisirs de l’Été
Allegro – Largo – La Cacia (Allegro)
(Extrait de Le Printemps, ou Les Saisons amusantes)
- Antonio Vivaldi, Sonata da camera a tre n° 12 « Folia »
(Opera Prima)
- Antonio Vivaldi / arr. Nicolas Chédeville, L’Automne
Allegro – Largo sempre piano (L’Hiver) – Allegro
(Extrait de Le Printemps, ou Les Saisons amusantes)
À Lire également : Au Festival de Sablé, les meilleurs pâtissiers baroques
Photo de Une : CC BY-SA 4.0

