AccueilA la UneUn récital couronné par l'éclipse sur la Pointe des Poulains

Un récital couronné par l’éclipse sur la Pointe des Poulains

COMPTE-RENDU — Dans le cadre du Festival Lyrique en Mer, deux dates avaient été prévues pour le récital intitulé « Airs des Poulains », donné par les chanteurs de la distribution de Don Procopio. La seconde date du 12 août coïncidait exactement avec l’éclipse de soleil, qui n’a pas éclipsé le concert, bien au contraire.

Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion d’assister à un récital lyrique et à une éclipse solaire en même temps. En amont du concert, l’équipe du festival avait eu soin de prévenir les spectateurs de se munir de lunettes de protection adaptées. Le cadre, lui, est idéal : la Pointe des Poulains, située à l’extrémité nord de Belle-Île-en-Mer, avec vue sur un beau ciel dégagé surplombant la mer. La disposition des lieux permet aux interprètes d’investir l’espace, tantôt celui de la scène, tantôt les allées au milieu du public, tantôt la terrasse et les escaliers du Musée Sarah Bernhardt adjacent. Le concert en devient d’autant plus théâtral, il ne reste plus qu’à la lune et au soleil d’entrer en scène.

Récital Airs des Poulains au Festival Lyrique en Mer © David Giard
Un programme nimbé de multiples rayons

Le programme, qui alterne morceaux pour piano et airs d’opéra, est divisé en plusieurs sections thématiques : l’amour, la fête, la folie et le mystère, la séparation, etc. Trois pianistes se relaient à l’accompagnement : Virginie Zivkovic, sobre et appliquée, Louis Dechambre, un peu plus fantaisiste et lyrique (il lui revient l’honneur de jouer la Méditation de Thaïs de Massenet au moment où l’éclipse devient totale), et Carole Alonso, également flûtiste sur le deuxième entracte de Carmen, mais qui convainc davantage au piano par son sens de l’écoute (les conditions en plein air et sans amplification n’aidant cependant pas à savourer la subtile mélodie de Bizet sur ce morceau).

Des chanteurs à faire pâlir les astres

Le baryton Ronan Debois, en méforme les jours précédents, a recouvré sa voix et sa projection cuivrée, assortie d’une diction élégante. Il semble malgré tout un peu à bout de souffle sur l’air « Finch’han dal vino » tiré de Don Giovanni, redoutable par sa vélocité. Cependant, son phrasé est précis, preuve qu’il maîtrise cet air de bout en bout.

La soprano Alexandra Hewson déploie un timbre soyeux, agréablement amorti à l’arrière du masque, serti de riches harmoniques de tête. Elle est également expressive et investie dans les rôles comiques avec Guillaume Paire. Ce dernier, solide baryton-basse à la voix ronde et charnue, s’avère excellent comédien (en plus de ses talents de direction de chœur démontrés la veille dans le concert Sacré Mozart !).

Récital Airs des Poulains au Festival Lyrique en Mer © David Giard

Toujours dans le registre comique, la prestation espiègle de Denis Mignien sur un air de Barbe-Bleue d’Offenbach amuse beaucoup le public. Sa voix de ténor léger est percussive et ne manque pas d’une certaine douceur grâce à son vibrato rapide. Dans un registre plus romantique, le deuxième ténor, César Payrat, convainc par son émotion à fleur de peau, sans forcer son volume, sur l’air de Lensky d’Eugène Onégine de Tchaïkovski, sa seule apparition soliste du concert.

Récital Airs des Poulains au Festival Lyrique en Mer © David Giard
Un final éblouissant

Tout comme lui, Marion Jacquemet ne chante qu’un air en solo : « Where shall I fly » extrait du Hercules de Haendel. Elle y instille un jeu de tragédienne intense, un timbre profond de mezzo-soprano et une excellente diction de l’anglais.

Récital Airs des Poulains au Festival Lyrique en Mer © David Giard

L’éclipse commence à peine à décroître quand Jazmin Black Grollemund (franco-américaine résidant sur l’île à l’année, et directrice artistique du Festival) fait son entrée en traversant le public sur l’air de Didon pour un moment magique. Sa voix de soprano riche et émouvante, servie par une remarquable longueur de souffle, sied parfaitement à ce répertoire. C’est moins le soleil que les artistes qui nous éblouissent cette fois !

Récital Airs des Poulains au Festival Lyrique en Mer © David Giard

En guise de bis, la distribution convie les jeunes chanteurs de l’Opéra Studio à les rejoindre sur le chœur final de Candide de Leonard Bernstein. Le public manifeste un vif enthousiasme. Seule déception : l’éclipse n’aura été que partielle dans le ciel du Morbihan. Le concert n’en demeure pas moins inoubliable grâce à ce dialogue rare entre musique et corps célestes.

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