COMPTE-RENDU — Pour sa dernière année à la tête du Ballet Biarritz, Thierry Malandain réunit au TCE dans la Saison TranscenDanses trois œuvres emblématiques de son univers. Trois pièces qui, à elles seules, résument le talent d’un chorégraphe prolifique qui a marqué son époque.
L’Oiseau de feu – L’envolée sauvage
L’Oiseau de feu s’ouvre sur une inquiétante nuée de danseurs vêtus de longues robes noires, serrés et courbés comme des corbeaux. Puis surgit l’oiseau de feu, Hugo Layer, flamboyant dans son costume rouge et or. Peu à peu, le plateau s’embrase de robes jaune orangé avant de se métamorphoser en une nuée de colombes blanches. Malandain compose une magnifique fresque visuelle, où les danseurs battent des bras comme des ailes et s’élancent sans cesse vers le ciel. Une chorégraphie aérienne à couper le souffle, peuplée d’oiseaux virevoltants qui ne laissent aucune plume derrière eux.

Boléro – La cage aux fous
Avec son Boléro, créé il y a un quart de siècle, Malandain fait tout l’inverse de la célèbre version de Béjart. Ici, pas de figure centrale érotisée autour de laquelle gravite un groupe hypnotisé, mais douze danseurs qui luttent ensemble dans un espace clos, délimité par des paravents blancs transparents. Des fous dans une chambre d’hôpital ? Des prisonniers dans une cour ?

Ils avancent et reculent puis recommencent soumis à la répétition obsédante du thème orchestral de Ravel. La répétition devient enfermement, le mouvement une question d’endurance. La tension est à son comble et cela donne une force visuelle saisissante.

Minuit et demi, ou le cœur mystérieux – Le Ciel peut attendre
Sur les compositions de Camille Saint-Saëns, vingt-deux danseurs apparaissent, parés de longs manteaux noirs, dos au public, face à un immense ciel nuageux. Ils s’évanouissent, puis se relèvent, se regroupent puis se dispersent. Peu à peu, ils font tomber le noir pour de magnifiques costumes bleu ciel, jusqu’à donner l’impression qu’ils flottent dans les nuages. Serions-nous déjà arrivés au paradis ?

Arabesques, glissés, grands battements, grands écarts : Malandain nous plonge dans l’univers poétique du vocabulaire classique. Mais le temps file et nous voilà déjà au dernier tableau : des corps en justaucorps couleur chair, dépouillés de tout artifice. Après les nuages, retour à l’essentiel : la naissance.

Trois pièces, trois variations qui traversent le ciel pour nous faire voler vers l’infini et l’au-delà sous couvert de grand vocabulaire classique. Mais surtout de mesurer combien Malandain a imposé un univers poétique immédiatement reconnaissable, nourri de classique, de ballet romantique et de tableaux magnifiques. Il va beaucoup nous manquer.
À Lire également : Malandain – Danser pour la vie



L’Oiseau de feu © Olivier Houeix

