AccueilA la UneMédée au TCE : Cène de méninges

Médée au TCE : Cène de méninges

COMPTE-RENDU — Stéphane Fuget et Les Épopées font escale au Théâtre des Champs-Élysées pour une version concert de la Médée de Marc-Antoine Charpentier, triomphalement portée par Marie-Nicole Lemieux : Jason, accroche-toi.

Mise en scène ou non, la colère de Médée se faire entendre ! Il faut dire que Jason pousse un peu : après la Toison d’or (joli trophée pour décorer le salon), l’installation dans un chouette pavillon résidentiel à Corinthe et deux enfants, le voilà qui flirte avec Créuse, sa collègue de travail et fille du roi Créon. Aïe, ça va barder !

© Cyprien Tollet
« Chérie, je suis rentré ! »

Depuis quelque temps, Médée se doute bien que quelque chose cloche : elle aurait peut-être fouillé les papyrus de son Jason-chéri. La voix et la jalousie montent, la rage déborde. La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux donne à cette colère une puissance saisissante : voix pleine, projection ample, timbre rond, dynamiques nuancées jusque dans les instants les plus intimes. Et puisqu’il faut bien passer ses nerfs, elle prépare des poisons mortels : chacun ses petits hobbies, non ? Mais voilà Jason qui rentre du travail…

© Cyprien Tollet
« C’est qui celle-là ? »

Face à elle, Petr Nekoranec campe un Jason tout sourire, bien décidé à faire comme si de rien n’était. Le ténor lui prête un timbre d’une grande beauté et une ligne vocale d’un charme indéniable, même si la densité théâtrale reste en retrait face à Médée. Il faut dire que monsieur tourne autour de Créuse, avec la bénédiction de son père, le patron de Corinthe : Créon, qui a promis à Jason une promotion et l’asile politique. En Créuse, Juliette Mey, malgré une indisposition perceptible au début, s’affranchit peu à peu de la gêne grâce à une technique impressionnante, tandis qu’Alex Rosen impose un Créon à la voix soignée, sombre et solidement dosée. Médée confronte son chum, et le ton monte…

© Cyprien Tollet
« Je te déteste ! » * bruit d’assiettes qui cassent *

Tandis que la vaisselle du ménage vole déjà à travers la pièce et que Jason voit son couple battre dangereusement de l’aile, Stéphane Fuget et Les Épopées subliment cette dispute conjugale avec une force théâtrale constante. La direction, ferme et discrète, fait surgir les couleurs françaises du Grand Siècle avec un relief rare. Préparé par Thibaut Lenaerts, le Chœur de chambre de Namur participe pleinement à l’orage : omniprésent dans les ensembles, il donne aussi corps aux nombreux petits rôles de l’ouvrage. Médée est à deux doigts de demander le divorce !

© Cyprien Tollet

Au bout de trois heures et quart, le public applaudit longuement Lemieux et toute la distribution. Avant d’entrer, un certain Monsieur Euripide (un voisin du couple peut-être ?) nous assurait que toute cette histoire allait très mal finir. Il aura eu bien raison, et bien tort !

À Lire également : Caesar et Rodelinda, Sommet bilatéral à Bayreuth Baroque 

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