COMPTE-RENDU – Rome rencontre la Lombardie à Bayreuth pour un sommet du Festival baroque où l’amour s’avère plus difficile à négocier que la politique. Emőke Baráth et Andreas Scholl portent les revendications de Cléopâtre, Rodelinda, César et Bertarido, sous l’arbitrage musical de Markellos Chryssicos et du Wrocław Baroque Orchestra.
Rome–Lombardie : ouverture du sommet
Le Bayreuth Baroque Opera Festival convoque cette année un sommet diplomatique dont ni la géographie ni la chronologie n’avaient prévu la rencontre. Rome et la Lombardie se mettent à la table des négociations, avec leurs délégués : Jules César d’un côté et Rodelinda de l’autre. Plusieurs siècles les séparent, mais Händel s’est chargé de leur trouver un terrain d’entente en les faisant monter sur scène à un an d’intervalle, avec Giulio Cesare in Egitto en 1724 puis Rodelinda en 1725. Et puisque toute bonne crise politique finit tôt ou tard par devenir une affaire sentimentale, César vient accompagné de Cléopâtre, tandis que Rodelinda défend son union avec Bertarido. Le programme réunit ainsi airs et duos des deux opéras, entre ambitions de pouvoir, trahisons et passions et quelques tentatives de rapprochement bilatéral, sous l’égide d’Emőke Baráth et Andreas Scholl pour leurs débuts au festival. Pour l’occasion, Bayreuth Baroque installe ses délégations au Friedrichsforum, l’ancienne Stadthalle, tout juste sortie de dix années de travaux, pour régler des affaires vieilles de deux millénaires.

Diplomatie des cœurs
Le contre-ténor Andreas Scholl ouvre les négociations, avançant une proposition vocale toute de douceur et de luminosité, servie par de solides qualités techniques. Le volume peine toutefois à s’affirmer, laissant quelques notes diplomatiques un peu minces. La projection reste droite, le souffle long soutient le discours, mais l’énergie de l’argumentaire manque parfois pour véritablement s’imposer. Face à lui, Emőke Baráth défend les intérêts de Cléopâtre et Rodelinda avec conviction par une voix nourrie et puissante qui ne tarde pas à asseoir son autorité sur le soft power de son partenaire. Son intervention inspirée est parsemée de vocalises agiles, véritable cascade d’arguments soutenus par une élasticité technique et leur justesse du ton. Elle sait aussi négocier tout en nuances, avec douceur et musicalité, notamment dans “Se pietà” de Cléopâtre. Les deux représentants trouvent un terrain d’entente dans les deux duos, en harmonie tonale et concorde rythmique, jusqu’à conclure un armistice tout en lyrisme avec “Io t’abbraccio”, repris en bis.

L’orchestre ratifie l’accord
Les médiateurs des pourparlers issus de la délégation polonaise du Wrocław Baroque Orchestra abordent le sujet selon le protocole des instruments anciens. Le médiateur en chef, Markellos Chryssicos maintient l’ordre du jour en trouvant un consensus sonore entre les pupitres, dans un discours mélodieux et finement ciselé, ponctué notamment par les interventions inspirées du hautbois et du théorbe. Le chef ordonne une hausse du ton, accords vigoureusement frappés au clavecin, dissonances appuyées et déclarations solennelles des cuivres, qui viennent agiter les débats. Mais les tensions dynamiques sont vite désamorcées, permettant à l’ensemble de ratifier l’accord de paix et d’amitié entre les deux parties et patries. Un délégué obtient toutefois un droit de parole particulier, le corniste de l’ensemble qui s’avance pour livrer son plaidoyer avec une solide précision, malgré quelques notes déréglées qui ne suffisent pas à compromettre sa déclaration.
La séance peut être levée, les observateurs indépendants dans l’auditoire du Friedrichsforum approuvent et entérinent l’accord par une ovation nourrie, sans opposer le moindre veto.

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