AccueilA la UneGrosse manif' wagnérienne à Bastoche !

Grosse manif’ wagnérienne à Bastoche !

Info mouvements sociaux-lyriques – La place de la Bastille était ce jeudi 8 octobre 2026 le point de ralliement de foules très mobilisées, venues se réunir dans une intensité sonore impressionnante. Et si à première vue tout (ou presque) semble opposer lycéens et lyricophiles… il faut savoir regarder et écouter de plus près :

Le mouvement lycéen convergeant et se dispersant à Bastille semblait d’abord regarder avec suspicion les rangs de spectateurs attendant silencieusement d’entrer dans la Bastille pour voir un opéra. Mais ils ne sont que un ou deux manifestants à sembler vouloir bloquer ou plutôt ralentir l’accès à la salle qui finira par se faire de sorte que ce Crépuscule des Dieux ne finira que peu après minuit (c’est dire). D’autres jeunes se mettent à scander « L’Opéra,  avec nous ! » Ils ne croyaient pas si bien dire car on se prendrait presque à retrouver une ambiance de manif dans la salle.

© Herwig Prammer – OnP
Rendez l’or, Rendez les décors !

L’univers du plateau y est désespérément noir, investi et animé tour à tour par un grand élément (un peu comme un char de cortège et puis un autre) avec juste quelques projecteurs et pas mal de fumée. Certes, ça sent pas la saucisse grillée comme à l’Opéra Royal de Versailles, mais il est bel et bien question de feux, qui brûlent.

D’ailleurs dans le registre des images tragiques, Waltraute semble ici revenir d’avoir été molestée en manif. Pendant ce temps, le monde s’embourgeoise de plus en plus : le parcours de Siegfried se résume à acquérir la dignité d’une veste, puis d’un smoking… ah oui en manif et dans les salons feutrés de la mise en scène, le propos n’est pas subtil.

Mais il impressionne, musicalement.

Pendant que la mise en scène ne semble plus qu’évoquer fugacement des images et objets des épisodes passés, un peu comme les anciennes promesses qui n’engagent que ceux qui s’attendent à y voir un jour du sens (le chien robot fait un passage fugace, comme s’il ne trouvait aucune trace de colis suspect, idem pour l’arbre qui descend du plafond, ou les gaines de câbles électriques au son toujours aussi peu mélodieux), tout l’intérêt de cette manifestation artistique repose sur les chanteurs, et la fosse.

Celle-ci pourrait inspirer bien des phalanges par sa discipline, sa mesure proportionnée (à Wagner c’est-à-dire du murmure au torrent) sans violence aucune sous la baguette précise du préfet honoraire Pablo Heras-Casado. Les leitmotifs sont comme autant de slogans, réitérés toujours avec vigueur et précision : de quoi emporter les foules.

Siamo tutti pro-Tétralogie !!!!

Bien entendu chaque mouvement cherche son tribun et son égérie. Les deux sont tout trouvés ici. D’Andreas Schager on pourrait dire qu’il ravive le feu de Siegfried, s’il n’était constamment incandescent, au risque de s’y brûler, mais sans jamais griller. Tamara Wilson montre pour sa part une Brünnhilde prête à repartir pour une autre journée de manifestation à la fin de l’opéra, c’est dire !

Confirmant qu’on peut être basse héroïque et d’une grande douceur, Mika Kares parade en Hagen tel un toréador, imité en cela par Johannes Martin Kränzle en Gunther, qui montre tout ce qu’un mouvement social peut rendre de jeunesse à un 68-tard, avec la petite baisse de forme en cours de route…

Il faut souhaiter que ce soit le souhait de Sinead Campbell Wallace d’être une Gutrune aussi libérée, mais elle pourrait légitimement militer pour avoir davantage à faire scéniquement, sa voix mesurée n’est peut-être pas le meilleur vecteur de revendications cela dit. Idem pour les Chœurs relégués dans le gris et l’obscurité… mais qui finissent par surgir à la puissance de leurs aigus.

Le reste du cortège contribue à l’ambiance générale, sachant assumer ses interventions, sans jamais de porte-voix ici. Il faut dire que cette mise en scène rappelle décidément un cortège, mais qui ne bougerait pas, avec ces protagonistes presque tout le temps alignés en rang à l’avant-scène (sauf quand ils montent sur les tables).

Au final, La Walkyrie pose simplement l’anneau par terre et s’en va en tournoyant. Décidément, les services de propretés passant après des manifs peuvent ramasser des trésors (ou pas).

Car attention, tout ce qui brille n’est pas or. Et si nous nous demandions au premier épisode s’il fallait investir dans L’Or du Rhin, le cycle se refermant renforcerait plutôt notre conviction qu’il faut investir dans la jeunesse, et dans la culture (ça tombe bien, elle est une cure de jouvence) !

À Lire également : Wagner toujours debout à Montpellier

Les sans doute 2.745 participants selon les syndicats et selon les forces de sécurité (pour une fois qu’ils seraient d’accord) manifestent vivement leur soutien aux camarades chanteurs du plateau. Une huée commence à s’échauffer, prête sans doute comme beaucoup d’autres à déferler sur le metteur en scène, mais celui-ci ne sera même pas venu saluer en cette fin de cycle.

Un peu comme pour dire au public : « S’ils veulent un responsable,… il est pas devant vous ! » Pourtant, dans Bastille, on ne risque ni pavé, ni coup de matraque, et les « lacyrmogènes » ne sont que sous forme d’adjectifs, qualifiant les émotions lyriques de certaines soirées artistiques.

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]