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Une touche noire, une touche blanche : nous sommes bien dans le piano !

COMPTE-RENDU – C’est avec beaucoup de plaisir que les spectateurs ont pu découvrir hier soir, au Théâtre des Champs-Élysées, deux figures de la nouvelle génération pianistique : David Khrikuli et Wang Zitong, qui faisaient tous deux leurs débuts dans la capitale française.

Parmi les grands concours internationaux, figuraient en 2025 à la fois le quadriennal Van Cliburn et le quinquennal Concours Chopin. Ce concert avenue Montaigne est donc une nouvelle occasion de se retrouver pour ces deux concertistes qui semblent avoir déjà trouvé leur voie. Et cela se ressent autant dans leurs choix de programme que dans leur personnalité : l’un vêtu de noir, l’autre de blanc…

David Khrikuli, dans les tons sombres ?

Costume noir et allure sérieuse, du haut de ses 25 ans, le pianiste géorgien en impose déjà. Lauréat de plusieurs concours internationaux en Europe, il a notamment atteint la finale du dernier Concours Chopin, sans toutefois parvenir à décrocher une place sur le podium. Pour cette soirée, il propose un programme autour d’œuvres postromantiques et modernes, qui arborent des sonorités bien particulières, parfois même assez sombres, notamment dans certains Préludes de Scriabine. C’est pourtant tout en douceur et en légèreté qu’il débute son programme avec les Klavierstücke de Brahms. Avec un timbre presque feutré et une grande maîtrise des nuances, le jeune pianiste parvient à redonner à ces petites confidences toute leur intériorité. C’est ensuite au tour de Scriabine de prendre le devant de la scène. Le compositeur russe serait-il l’un des favoris du jeune pianiste ? À en juger par le nombre de pièces qui lui sont consacrées, on pourrait le croire ! Fougueux, très virtuose, mais parfois aussi un peu distrait, le musicien parvient néanmoins à surprendre le public avec la très virtuose Sonate n° 10 op. 70. Grâce à un jeu de nuances particulièrement marqué, il fait ressortir les contrastes de l’œuvre et donne à son interprétation une tout autre dimension. C’est finalement avec Debussy que se clôt le récital, compositeur avec lequel le jeune pianiste semble être le plus à l’aise. La main gauche dans un pianissimo presque effleuré, comme un voile posé sur le clavier,… même David Khrikuli semble conquis ! Là où son interprétation de Scriabine paraissait parfois moins évidente, tout devient limpide chez Debussy. Il sourit, mime certains gestes et lance même quelques regards amusés à l’assistance : un délice !

Chaleureusement applaudi par le public, le pianiste revient pour un rappel avec Chopin.

Wang Zitong, et la lumière fut !

C’est ensuite Wang Zitong, cette fois vêtue de blanc, qui prend le relais. Après sa récente troisième place au Concours Chopin 2025, la jeune pianiste chinoise de 27 ans s’impose avec un programme entièrement consacré au compositeur polonais. Changement d’atmosphère ! Contrairement à son prédécesseur, les œuvres qu’elle interprète appartiennent pleinement au répertoire romantique et à son écriture tonale. Mais ce n’est pas pour autant que le mystère disparaît ! Elle a justement choisi des pièces qui jouent toutes sur des caractères très contrastés. À commencer par le Nocturne n° 1 op. 15, qui, s’il débute comme un rêve éveillé, laisse rapidement place à une partie centrale bien plus tumultueuse. Dès les premières notes, c’est la facilité avec laquelle la pianiste fait ressortir le chant de l’instrument qui nous frappe, une qualité si fondamentale dans la musique de Chopin ! On retrouve également cette belle maîtrise dans les Variations brillantes, qu’elle mène avec une grande virtuosité. Tout au long de son programme, c’est finalement une véritable histoire qu’elle semble nous raconter. Celle d’une dualité de tempéraments : la douceur et la fougue, qu’elle incarne à merveille. D’une main à l’autre, mais aussi d’un morceau à l’autre, voire d’une mesure à l’autre ! Et on le sent, il ne s’agit pas simplement de deux modes de jeu : c’est aussi toute une personnalité qui s’exprime, celle de Wang Zitong lorsqu’elle prend place au piano. La Marche funèbre qui retentit apparaît presque comme une métaphore de ce programme qui, à l’image de Chopin, se révèle tourmenté, mais conserve toujours cette envie d’aller vers la lumière. Wang Zitong est très chaleureusement acclamée par un public complètement conquis. La jeune pianiste lui offrira deux rappels, prolongeant ainsi le plaisir de cette belle découverte.

Quand l’ombre rencontre la lumière

Deux pianistes, deux propositions singulières, mais une même envie qui les rassemble : devenir de grands pianistes et faire carrière sur les plus belles scènes du monde. La soirée pourrait alors se lire sous le signe du yin et du yang : deux personnalités, deux univers qui semblent s’opposer, mais qui se complètent finalement à merveille. D’un côté, les sonorités mystérieuses et les couleurs sombres de David Khrikuli, et de l’autre la lumière et les contrastes romantiques de Wang Zitong.

À Lire également : Martha Argerich et Dong Hyek Lim – colocation à deux pianos
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