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As We Are à la Scène comme à la Ville

DANSE — Soirée émouvante au Théâtre de la Ville, où deux figures majeures de la danse africaine se répondent par deux histoires de transmission. Germaine Acogny ressuscite Joséphine Baker dans un solo bouleversant, tandis que le chorégraphe sud-africain Gregory Maqoma nous embarque dans une transe collective. Une expérience qui se vit autant qu’elle se ressent.  

Joséphine – deux femmes, un même corps, une légende

Quel bonheur de revoir ce magnifique solo créé par Germaine Acogny à l’occasion de ses 81 ans au Théâtre des Champs-Élysées, il y a un an déjà. Joséphine Baker est bien là devant nous. Sur une voix off tirée d’un extrait d’interview de l’artiste, la chorégraphe se métamorphose en cette icône disparue. Que dire de nouveau d’un solo si bouleversant que tout semble avoir déjà été écrit ? Du charleston à la robe rose, en passant par la célèbre ceinture de banane, tous les attributs de Joséphine sont bien là. Mais au-delà de l’hommage, c’est une véritable résurrection qui s’opère : comme si un miroir magique abolissait le temps et la mort, comme si les vies de Joséphine Baker et de Germaine Acogny se confondaient. L’une danse à travers l’autre, l’une survit dans l’autre. Mais Joséphine est toujours là, vibrante, vivante, moderne et immortelle.

Germaine Acogny, Alesandra Seutin – JOSÉPHINE © Maxime Dos

Bantu : de la souffrance à la transe – « ceci est une expérience »

En réponse à l’engagement politique de Joséphine, le chorégraphe sud-africain Gregory Maqoma imagine avec Bantu une « Afrique plurielle », traversée par des cultures et des traditions différentes. Le titre « bantu » mène en écho à l’Ubuntu, concept philosophique fondé sur l’interdépendance, qui rappelle que personne ne peut exister seul. Issus de différents pays africains, les danseurs illustrent alors ce concept en gommant leurs différences dans une danse tellurique et collective puissante. « Ceci est une expérience des frontières »

La pièce s’ouvre sur un homme en souffrance, torse nu, qui s’exprime par des cris et des mouvements compulsifs, comme s’il était possédé par un démon. Pour le tirer de cet état, un guérisseur vient à la rescousse avec l’aide d’un groupe. La guérison est alors saisissante : au contact des autres, cet homme tourmenté devient solaire, presque magnétique, comme si une force nouvelle émanait de lui et attirait irrésistiblement les autres corps. Et voilà que les douze danseurs se lancent dans un même rythme, une même pulsation. Les mouvements circulent d’un corps à l’autre, les torses vibrent, les épaules claquent, les individualités s’effacent dans une cohésion collective saisissante. « Ceci est une expérience du souffle. »  

Puis, le langage lui-même déraille. Impossible de saisir le sens des paroles. Les danseurs donnent corps aux langues étouffées par l’histoire, aux voix trop longtemps oubliées. « Ceci est une expérience de l’effacement »

Le guérisseur revient alors tracer des lignes blanches sur le corps de l’homme. Peu à peu sa silhouette évoque une figure squelettique, comme si la mort venait se graver à même la peau. Ces gestes, qui évoquent un rituel de transmission, restent parfois compliqués à déchiffrer. « Ceci est une expérience de la réparation »

Qu’importe l’expérience est bouleversante. La danse est un langage universel, où la guérison individuelle passe par la force du collectif. L’Ubuntu prend ici une dimension physique, car elle s’inscrit dans les corps. Bref, ceci est une expérience viscérale, qui nous laisse quelque peu sonnés !

À Lire également : Thikra, une nuit dans le désert
Gregory Maqoma – BANTU © Maxime Dos

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