OPÉRA CONCERTANT – Au Théâtre des Champs-Élysées avec « Les Grandes Voix », Roméo et Juliette de Charles Gounod en version de concert réunit une distribution de haute volée avec l’Orchestre National de France dirigé par Clelia Cafiero.
C’est le mythe des amants de Vérone en musique, mais sans mise en scène : l’émotion se joue dans la voix, l’instrument, dans une écoute presque intérieure qui interroge plus qu’elle ne raconte.
Une entrée sans décor
Dans cette pureté, Kathryn Lewek campe une Juliette expansive et claire, tandis que Charles Castronovo incarne un Roméo à la ligne vocale généreuse (et pourtant parfois pris dans la tenture orchestrale du dispositif). Leur duo, confronté au chœur et à l’orchestre, impose l’intensité dramatique sans avoir besoin de bouger ni de jouer. L’opéra en concert, ici, expose l’art vocal dans sa nudité : on écoute chaque souffle, chaque phrase, chaque inflexion.
Une tragédie soutenue par l’orchestre
La partition de Gounod est l’un des plus somptueux écrins du répertoire romantique français. Sans scène, l’orchestre devient narrateur autant que décor sonore. Les pizzicati, les envolées lyriques et les tensions harmoniques prennent toute leur dimension quand rien ne distrait le regard. Les Chœur de chambre de Rouen et Chœur Sorbonne-Université sont solidement articulés, capables de pleine énergie comme de nuances délicates sous la direction minutieuse de Clelia Cafiero. Par moments, l’ensemble crée une tension presque cinématographique : on voit l’histoire dans l’orchestre avant de l’entendre dans les voix.
Quand l’émotion se suffit à elle-même
Le public a répondu présent, attentif, parfois suspendu à une phrase ou un accord. On ne sort pas d’un opéra en concert de la même manière que d’une mise en scène classique ; on sort avec une image mentale, une ligne vocale, un motif orchestral qui ne vous quitte plus. Et même si la tragédie est connue, elle résonne différemment ici, presque comme une confidence. Roméo et Juliette prouve que l’opéra peut encore surprendre quand il se dépouille de ses artifices et laisse parler la musique avant toute chose.
À Lire également : Roméo et Juliette « kids friendly » à l’Opéra de Massy


