COMPTE-RENDU – La metteuse en scène Johanna Boyé dynamise le Roméo et Juliette de Gounod pour en faire un spectacle d’initiation immersif. Entre rideaux de tulle et chœur improvisé par le public, l’Opéra de Massy prouve que le lyrique français peut encore faire battre le cœur des petits et des grands.
Adapter un monument pour un public familial est un pari audacieux. Johanna Boyé et Elisabeth Ventura y parviennent en gardant l’essence émotionnelle de l’œuvre. La scénographie, minimaliste, mise tout sur la fluidité : de grands rideaux translucides et les lumières ciselées de Cyril Manetta créent des tableaux oniriques où quelques lustres et bougies suffisent à invoquer Vérone en plein cœur de la Renaissance.

L’originalité tient à l’absence de chœur professionnel, remplacé par… les spectateurs ! Sous la houlette énergique de Johanna Manteaux, le public s’exerce vingt minutes durant à la chauffe vocale. Si le résultat manque parfois d’assurance malgré le renfort précieux d’enfants dans la salle qui font sans doute partie de la Maîtrise de l’Opéra de Massy, l’expérience participative reste amusante.

Tonton Gounod mène la danse
Pour rythmer le récit, Gounod lui-même raconte l’intrigue à sa nièce Juliette. Le compositeur prend les traits du comédien Yannis Baraban, très voire peut-être trop exubérant, et sa nièce ceux d’Eva Dumont, touchante de naïveté par sa gestuelle et ses mimiques. Ils forment un duo de conteurs qui navigue entre les époques, souligné par les costumes soignés de Marion Rebmann, au carrefour du XIXe siècle et de la Renaissance italienne. Si cet ajout dramatique apporte du rythme à la scénographie, c’est au risque de distraire parfois le spectateur.

Balcon, passion et aigus de haute précision
Côté voix, la distribution brille par sa jeunesse. Clara Guillon campe une Juliette rayonnante. Son timbre apporte une brillance qui sert l’agilité d’un « Je veux vivre » interprété avec une subtilité bienvenue. Face à elle, le Roméo de Grégoire Mour séduit par son élégance et son timbre clair. Si l’on aurait parfois souhaité plus de lâcher-prise, son duo final avec Juliette s’avère d’un équilibre bouleversant.

Le reste du plateau ne démérite pas. Yu Shao offre un Tybalt solaire et une diction impeccable. Léontine Maridat-Zimmerlin réussit le tour de force de doubler Gertrude et Stephano avec une intelligence musicale admirable, passant de la chaleur du mezzo au lyrisme du page. Le Mercutio de Carlos Reynoso, au charme pétillant, et le Comte Capulet de Timothée Varon, à la voix charnue, complètent ce tableau solide, soutenu par la basse profonde d’Ugo Rabec. Bref, des voix présentes qui ont de quoi rassurer.

Une fosse aux petits soins
Dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra de Massy, dirigé par Jean-François Verdier, déploie des couleurs soignées. La direction, minutieuse et attentive au plateau, privilégie la clarté et l’équilibre sur la prise de risque, offrant un écrin sécurisant aux chanteurs.
Les applaudissements nourris d’un public de tous âges confirment que la musique de Gounod n’a pas pris une ride dès lors qu’on lui offre une telle vitalité.

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