COMPTE-RENDU – Le Palais des Beaux-Arts de Charleroi (ville des Carolos) et Charleroi Danse présentent Palermo Palermo, chorégraphie de Pina Bausch avec son Tanztheater Wuppertal.
La Genèse selon Pina
À peine le rideau se lève-t-il qu’un immense mur fait face au public. Dressé bien droit, on croirait voir une peinture de Magritte, surréaliste et silencieuse. Aucun son et une grande question : peut-être est-ce donc ça, le quatrième mur dont parlait Bertolt Brecht ?
Quelques secondes et déjà le mur tombe à la renverse. Parpaings, poussière et débris jonchent le sol et le spectacle peut alors commencer. C’était un mur et c’est maintenant un sol, une scène. Écrit en 1989, Palermo Palermo répond à son temps, à la chute du mur de Berlin, au décloisonnement du spectacle, aux nouveaux rythmes de la création.
« Les murs invisibles qui existent partout dans le monde, dans nos têtes » Pina Bausch
Le monde e(s)t la scène
Sous la direction de répétition de Michael Strecker et de Robert Sturm, les 22 interprètes composent une trame de relations et de mouvements à la fois précise et erratique où l’absurde se mêle à des tensions latentes, à des éclats de rire presque nerveux, à des solidarités soudaines. La composition musicale, elle, franchit les frontières et les époques, entre traditions siciliennes, fragments d’Afrique, du Japon, d’Écosse, échappées baroques et renaissantes, puis nappes de blues/jazz américain.
Mondo cane, scena di Pina
La surprise, la vie, les gens, les scènes de vie qui font les gens et les pétards qui font sursauter, Palermo Palermo annonce que la rythmique du hasard, de l’opportun devient celle du possible. La pièce s’ancre dans un séjour de travail de trois semaines à Palerme, mené avec le Tanztheater Wuppertal, au contact direct d’une ville où le quotidien se tisse de rites, de croyances et de cérémonies. On pourrait s’attacher à décrypter les gestes et les attitudes imposées par la mise en scène, mais décrire Palermo Palermo revient presque à vouloir décrire la vie elle-même.
Crues, directes et sans transition, les scènes s’enchaînent et l’on peut penser aux histoires felliniennes et au cinéma Mondo, qui avait agité l’Italie près de trente ans plus tôt avec Mondo Cane (Monde de chiens) et sa veine pseudo-documentaire volontairement crue et réaliste.
Ici, moins de choc, plus de folies douces. La scène, c’est un peu la rue. On y trouve des mégots écrasés, des pièces d’or renversées, des flaques d’eau, des fruits, des spaghetti, des parpaings, des morceaux de journaux brûlés.
Inventif et jouissif, il suffit d’observer la vie s’agiter sur scène et laisser surgir l’humour, l’empathie et la tendresse. Tenue en perfection, la simulation du réel repose sur une collaboration millimétrée et perpétuelle des danseurs dont on peut apprécier la diversité, la complicité et l’endurance.
Même à l’entracte, les lumières se rallument et le spectacle continue : sortent ceux qui le veulent mais quoi qu’il arrive, la vie continue, et puis finalement s’arrête puisqu’il faut rentrer chez soi, … à Charleroi Charleroi.
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