AccueilA la UneÀ Vichy, une Nuit pour un jour nouveau

À Vichy, une Nuit pour un jour nouveau

COMPTE-RENDU – De la musique de chambre à l’Opéra de Vichy ? Voilà qui n’avait pas été vu ni entendu depuis fort longtemps. Une incongruité qui prend fin à l’approche des beaux jours avec un concert où sont programmés non pas un, mais deux quatuors, venus se frotter à trois œuvres exigeantes.

Ah, la belle saison ! Les jours qui se réchauffent annoncent à peine le printemps, que l’Opéra de Vichy n’a pas attendu pour célébrer une autre « Belle saison ». Car là est bien le nom du label de programmation de concerts avec lequel la cité thermale vient de s’associer afin de marquer le grand retour de la musique de chambre en terre vichyssoise.

De jeunes oiseaux chantent

Pour ce petit événement, ce sont bien des artistes au printemps de leurs carrières qui se présentent dans l’imposante salle dorée de l’Opéra de Vichy. Des artistes, et en l’espèce, deux quatuors. Le Van Kuijk d’abord, du nom de son premier violon Nicolas Van Kuijk, et le quatuor féminin Magenta, créé il y a cinq ans et qui n’a pas tardé à se forger une réputation sans frontières (en atteste un « Canada Tour » programmé en avril-mai prochain).

Des jeunes pousses au talent déjà bien éclos qui nous proposent de nous plonger… dans la nuit. La Nuit Transfigurée d’Arnold Schönberg, pièce de jeunesse d’un compositeur pas encore converti au dodécaphonisme, constitue le socle du programme d’un concert où figure un autre chef-d’œuvre pour un ensemble de poche : l’Octuor à cordes de Félix Mendelssohn. Or, c’est une autre œuvre, moins connue, qui lance les festivités : le Quatuor pour quatre violons de la Polonaise Grażyna Bacewicz. Roulez jeunesse !

Un envol printanier

Aussitôt, les jeunes talents nous emportent avec eux pour un tour dans les airs en faisant entendre des notes angoissées et endolories, qui émergent au début d’une pièce dont le pianissimo dolcissimo est parfaitement restitué par les quatre artistes venus ici faire corps. D’un côté Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle, de l’autre Ida Derbesse et Elena Watson-Perry : ces as de l’archet n’ont pas pour habitude de battre des ailes ensemble, et pourtant, à les voir et les entendre, c’est comme s’ils étaient des camarades de toujours !

Une osmose sonore qui est tout aussi perceptible dans les pièces de Schönberg puis de Mendelssohn, qui voient les violoncellistes Anthony Kondo et Fiona Robson, et les altistes Emmanuel François et Claire Pass-Lanneau, entrer à leur tour dans le ballet aérien. Ça monte et ça descend, mais ces instrumentistes de haut vol restent parfaitement à l’unisson. Van Kuijk et Magenta font preuve d’un sens des couleurs affirmé, d’une virtuosité de tous instants et… WOAW ! *looping sous les nuages*. Archets bondissants, pizzicati délicats, staccatos précis : voici des musiciens qui font l’étalage d’une technique si effervescente que l’on jurerait être en présence d’un orchestre tout entier.

Une excursion aérienne jubilatoire, pour un public qui salue les artistes par de chaleureux applaudissements après un atterrissage en douceur dans les branches. Si la salle n’est pas pleine pour ce grand retour de la musique de chambre in loco, l’arrivée des belles saisons et des beaux oiseaux, pourrait bien vite changer la donne.

À Lire également : Edgar Moreau à Vichy, c’est du rock, coco !
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