AccueilA la UneBallets russes sur le Rhin, patrimoine en re-création

Ballets russes sur le Rhin, patrimoine en re-création

DANSE – Le Ballet de l’Opéra national du Rhin propose un triptyque de classiques revisités : L’Après-midi d’un faune par Dominique Brun (2007) d’après la chorégraphie de Vaslav Nijinski (1912), Un Boléro par Dominique Brun et François Chaignaud (2020) et
HUNT par Tero Saarinen (2002) d’après Le Sacre du printemps.

D’emblée, une précision rare s’impose. Lumières, costumes et mouvement dialoguent avec la musique dans une parfaite harmonie : les prestations seront d’exception (a fortiori en ces temps de réchauffement), la technicité exceptionnelle, l’effet visuel hypnotique.

Avec Hunt, Tero Saarinen confirme son génie chorégraphique. Son langage corporel, organique et instinctif, trouve en Susie Buisson une interprète saisissante, d’une présence magnétique et d’un engagement total. Cette œuvre rappelle combien la danse peut être une expérience physique, visuelle et profondément émotionnelle. Elle mérite pleinement d’intégrer le répertoire de l’Opéra national du Rhin et laisse un irrésistible goût de reviens-y.

Dominique Brun signe pour sa part, et plus d’un siècle après la chorégraphie de Vaslav Nijinski, une remarquable re-création de L’Après-midi d’un faune, conservant toute sa modernité et sa puissance évocatrice. La reconstitution est aussi rendue possible grâce au travail de traduction en système Laban d’Ann Hutchinson Guest et Claudia Jeschke. Le Ballet de l’Opéra national du Rhin restitue avec une grande finesse cette écriture si particulière : profils presque hiératiques, déplacements latéraux, géométrie des lignes et économie du geste composent un langage chorégraphique qui demeure d’une modernité toujours aussi saisissante qu’à l’époque du scandale. Jérôme Granjon et Sandrine Le Grand accompagnent la partition de Claude Debussy avec délicatesse. Ils laissent respirer chaque nuance, danser leurs doigts sur les touches liées comme une douce offrande aux trajectoires volontairement cassées des interprètes. Les costumes de Sylvie Skinazi prolongent avec élégance l’esthétique imaginée par Léon Bakst, inscrivant les personnages dans une iconographie issue des vases antiques. Une œuvre patrimoniale qui rappelle combien la préservation et la transmission de l’histoire de la danse sont essentielles.

L’Après-midi d’un faune © Agathe Poupeney / Divergences-Images

Après la cohérence et l’exigence des pièces précédentes, le solo Un Boléro arrive en fort décalage technique et la proposition laisse un sentiment d’incompréhension. Entre un maquillage et une coiffure évoquant presque Kiss, un costume qui semble avoir emprunté la garde-robe d’Esmeralda et quelques gestes volontairement provocateurs, on finit par chercher le mode d’emploi autant que le propos.

Un Boléro © Agathe Poupeney / Divergences-Imagese

François Chaignaud fait preuve d’un engagement physique incontestable, jouant avec les ruptures de rythme, en étant souvent contre la musique, vacillant dans les changements de registre et une présence scénique qui ne laisse jamais indifférent. Certaines images, comme la projection de liquide rouge, interrogent davantage qu’elles ne convainquent.

Mais là encore, l’incompréhension d’aujourd’hui fera peut-être le génie de demain : après tout, la danse contemporaine a toujours eu pour vocation de déranger autant que d’émerveiller.

Une chose est sûre en tout cas, qu’il fait bon de se laisser de nouveau porter par le Rhin…

À Lire également : Danse et musique partagent le sensible à l’Opéra national du Rhin
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