COMPTE-RENDU — Pour son premier Menuhin Festival Gstaad au poste d’intendant, Daniel Hope garde son violon sorti pour interpréter un périlleux concerto d’Edward Elgar. Un concert de prestige où est aussi donnée la vibrante Cinquième symphonie de Beethoven. De quoi enivrer les âmes !
Bien sûr, l’âme de ce Menuhin Festival Gstaad, il la connaissait déjà, lui qui a souvent compté parmi les vedettes invitées là, au cœur de l’été suisse, pour se produire dans ce rendez-vous fondé par son maître Yehudi Menuhin. Mais ici, à Gstaad, Daniel Hope n’est désormais plus seulement une tête d’affiche de concert de gala : il est le patron, l’intendant du festival, ayant succédé à Christoph Müller qui avait porté cette casquette pendant près de 25 ans. De là à éloigner le violoniste de son instrument ?
Of course not, sans quoi il aurait eu l’âme en peine ! Et tout juste devenu chef, voilà que Daniel Hope prend un plaisir certain à remonter sur scène pour se produire aux côtés de l’orchestre de la maison — le Gstaad Festival Orchestra —, en se frottant au grand Concerto pour violon d’Edward Elgar, enregistré en son temps par un certain… Yehudi Menuhin, dans les mythiques studios d’Abbey Road. En plus de cette masterpiece, le programme prévoit également une sympathique petite pièce d’appoint (humour british) qui n’est rien de moins que… la Cinquième symphonie de Beethoven. Voilà donc de la matière pour s’enivrer de beau son. Let’s go !

Ta-ta-ta-daaam !
Et d’abord, place à cette fine lame du violon qu’est Mister Hope, qui a depuis longtemps satisfait aux espoirs placés en lui par maître Menuhin. Aussi, c’est avec une facilité déconcertante, presque comme une formalité, que le violoniste vient interpréter l’œuvre de Sir Elgar. Sans grands effets de manches, sans grandiloquence superficielle, mais avec toujours des manières d’esthète du beau son : voici que Herr Direktor vient faire chanter son violon jusqu’à la lamentation, bien aidé en cette quête expressive par les pupitres appliqués et enflammés d’une phalange orchestrale conduite de main de maître par Alexander Shelley. Puis, après un Andante dominé par un soyeux cantabile, vient l’Allegro final, avec sa cadence comme un instant suspendu, un festival de croches endiablées et de coups d’archet fougueux, avec un vibrato ardent, le tout soutenu par un tutti orchestral triomphant.
Aussi, à cet instant où s’unissent les âmes du sieur Hope et de sir Elgar, voici qu’une autre âme est convoquée : celle de l’ami Beethoven. Et là, sonne l’heure du fameux « Ta-ta-ta-daaam ! », car c’est bien de la Cinquième qu’il est question, et le chef Shelley parvient à en extraire toute la moelle. D’un Allegro au brio saisissant et éclatant à un final au fortissimo exalté, tout n’est que sonorité capiteuse, hardiesse des cordes et pleine résonance des cuivres. Cette œuvre est faite pour faire se dresser les poils ? Objectif atteint, ici, avec des âmes qui, après Hope, après Elgar, sont à nouveau grisées.

Après un bis conclusif en forme d’ouverture (celle des Noces de Figaro, en l’espèce), place alors à l’ovation du public, qui se met debout pour applaudir de toutes ses forces… et de toute son âme.
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